Serge Dassault: Les révélations de son comptable suisse «dépassent l’entendement»

JUSTICE Les stratagème décrit par Gérard Limat pour acheminer de l'argent jusqu'au bureau de Serge Dassault ne laisse pas sans réaction Bruno Piriou, opposant politique à Corbeil-Essonnes, ni Nathalie Boulay-Laurent, ex-première adjointe du milliardaire…  

Fabrice Pouliquen

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Serge Dassault, le 13 mars 2014 à Saint-Cloud lors d'une présentation à la presse des résultats 2013 de Dassault Aviation.
Serge Dassault, le 13 mars 2014 à Saint-Cloud lors d'une présentation à la presse des résultats 2013 de Dassault Aviation. — AFP

«C’est un système rocambolesque qui ferait rire, si cela n’était pas grave». Contacté par 20 Minutes, Bruno Piriou, conseiller général PCF de Corbeil-Essonnes-Villabé et opposant historique à Serge Dassault, maire UMP de Corbeil-Essonnes entre 1995 et 2009, réagit au nouveau rebondissement concernant l'affaire Serge Dassault. 

Ce mardi, Libération et France Inter ont révélé des procès-verbaux de Gérard Limat, comptable suisse au service de la famille Dassault depuis 46 ans, et entendu début octobre par des juges enquêtant sur les soupçons d'achat de voix à Corbeil-Essonnes.

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«53 millions d’euros, une somme qui dépasse l’entendement»

Le comptable a décrit le stratagème mis en place pour faire sortir de Suisse 53 millions d’euros en liquide et les amener jusqu’au bureau de Serge Dassault via des sacs passe-partout (Carrefour, Dior, Fnac…) entre 1995 et 2012. Des liquidités qui auraient pu être redistribuées à des électeurs Corbeil-Essonnois en échange de leur voix lors d'élections municipales.

«Les propos de Gérard Limat apportent des éléments nouveaux à un dossier déjà bien lourd, estime Bruno Piriou. La justice a largement de quoi faire pour enquêter sur ces accusations d’achats de voix par Serge Dassault lors des élections municipales à Corbeil-Essonnes. Ce montant de 53 millions dépasse l’entendement. Certes, nous ne connaissons pas encore l’utilisation exacte de cette somme. Mais je note que le stratagème daterait de 1995, ce qui coïncide à la première élection de Serge Dassault à la maire de Corbeil-Essonnes.»

«Un schéma construit loin d’une générosité spontanée»

Interrogé par 20 Minutes, Nathalie Boulay-Laurent, ex-première adjointe de Serge Dassault avant de prendre ses distances avec le milliardaire, note aussi la sophistication du système mis en place pour acheminer l’argent jusqu’à Serge Dassault. «Le mode opératoire démontre bien qu’on est dans un schéma très construit, pensé de manière froide. Nous ne sommes pas du tout dans cette espèce de générosité spontanée que décrit Serge Dassault pour se défendre.»

Jean-Pierre Betcher se dit «pas concerné»

Les deux opposants estiment que le public n’est pas encore au bout de ses surprises dans cette affaire. «Ces nouvelles révélations confortent mon combat pour que la justice aille au bout et qu’un procès ait lieu impliquant l’ancien maire [Serge Dassault] et son successeur [Jean-Pierre Bechter]», indique Bruno Piriou. Invité également à s’exprimer, Jean-Pierre Bechter a expliqué à 20 Minutes par un SMS qu’il ne souhaitait pas nous répondre: «Je ne suis en rien concerné par l’actualité de ce jour», a-t-il précisé.