Paris: Replongez dans la Grande Guerre à travers des anecdotes méconnues

HISTOIRE Pour fêter le Centenaire de la guerre de 14-18 et l’armistice du 11 novembre de façon ludique, une guide propose un cours d’histoire en plein air en suivant les stigmates de la guerre dans la capitale…

Oihana Gabriel

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Paris, le 23 octobre 2014, une guide conférencière fait le tour des monuments et stigmates qui restent de la Grande Guerre à Paris.
Paris, le 23 octobre 2014, une guide conférencière fait le tour des monuments et stigmates qui restent de la Grande Guerre à Paris. — O. Gabriel / 20 Minutes

Qui sont les munitionnettes, Mata-Hari et le soldat inconnu? Parmi les commémorations du centenaire de la guerre de 14-18, la guide conférencière Dorothée Hervin rend un hommage ludique à ces disparus pour la France. Fondatrice des Visites de Théo, balades thématiques à Paris, elle a créé un «Paris de la Grande Guerre» pour cet anniversaire. Classeur rempli de carte des bombardements à Paris, de portraits, d’affiches de propagande et photos d’époque, elle a fait découvrir à 20 Minutes ce rappel historique en plein air, nourri d’anecdotes méconnues. Petit tour en cinq photos.

 
 

Les Invalides. La visite de deux heures débute devant les Invalides «pour rappeler la militarisation de la France de l’époque, explique Dorothée Hervin. Le conflit va vite plonger les Français dans une haine pour l’ennemi. Au point que la station de métro Allemagne devient Jaurès. Le café viennois s’appelle liégeois en l’honneur des héroïques Belges car Vienne n'est plus à l'honneur. Quant au mot «poilu», il ne fait pas seulement référence à la virilité et au courage, mais ils devaient aussi se raser pour enfiler les masques à gaz.»

Le char. Dans la cour des Invalides, une relique historique: un des premiers chars FT 17, le plus efficace inventé par Renault en 1917. Cette guerre particulièrement meurtrière a aussi créé un cataclysme dans une société qui voit naître les mines, le gaz, les sous-marins… Et où le cheval est remplacé par l’automobile. «Ce n’est pas un hasard si le Français le baptisent char! Les premiers chars font leur apparition en Angleterre où ils se nommaient tank pour faire croire à l’ennemi que c’était une réserve d’eau.»

 
 

Pont Alexandre III. Les «taxis de la Marne» partent de l'esplanade des Invalides vers l'est. Joseph Gallieni, dont on admire la statue sur la place Vauban, devient le sauveur de Paris lorsqu’il décide d’envoyer environ 700 taxis chargés de poilus vers la Marne, à seulement 40 km de la capitale. Qui ramènent aussi les blessés à Paris. «Pour l’anecdote, les taxis étaient immatriculés G7… d’où le nom de la célèbre compagnie. Et cette initiative n’a pas changé l’issue de la bataille mais reste un symbole de l’union. Même si les taxis ont laissé une note de 70.000 francs à l’Etat Major…»

 
 

L’Elysée Palace. Certains grands hôtels de Paris, tout comme le Grand Palais, sont transformés en hôpitaux où s’agglutinent les blessés et gueules cassées. «Pendant la Grande guerre environ 300.000  soldats ont perdu leur visage et leur identité. Croisés à Paris, à l’arrière, ils suscitent compassion et répulsion. Et poussent les chirurgiens à se dépasser pour inventer des prothèses et autres reconstructions.» Mais l’Elysée Palace, grand hôtel sur les Champs Elysées, est marqué par une anecdote plus glamour. «Mata-Hari était une Hollandaise divorcée aux mœurs légères, qui a inventé l’effeuillage. Approchée par les Allemands, puis par les Français pour devenir une espionne, elle livre une information aux Allemands en 1917… Mais le message est intercepté. Et sera arrêtée dans cet hôtel Elysée Palace où elle séjourne en février. Puis fusillée à Vincennes en octobre. Il existe toujours des doutes sur sa traitrise et en 1917, l’armée fait face aux mutineries alors il faut des exemples.

Paris, le 23 octobre 2014, une guide conférencière fait le tour des monuments et stigmates qui restent de la Grande Guerre à Paris. - O. Gabriel / 20 Minutes

Arc de Triomphe. Trace majeure de la Première guerre mondiale à Paris, la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe rappelle le sacrifice des disparus, 1,5 million de morts, dont 300.000 à 500.000 n’ont pas de sépulture. «Pour rendre hommage à ces hommes, on tire au sort un soldat de 21 ans qui doit déposer un bouquet de fleurs devant un des huit cercueils sans nom qu’on lui présente. Il choisit le 6e. Le 28 janvier 1921, le corps est rapatrié et introduit sous l’arche. Et tous les soirs, la flamme du souvenir est ravivée. On a oublié de rendre hommage aux femmes qui ont participé à l’effort de guerre. Ces institutrices, infirmières, marraines de guerre, munitionnettes (ouvrières d’une usine d’armement). Sur les milliers de monuments aux morts, j’en ai trouvé un seul qui rende hommage aux femmes, dans l’Oise!»

Prochaine visite du Paris de la Grande Guerre le dimanche 16 novembre. 12 euros.

Un poilu inhumé ce mercredi

Il va retrouver sa ville 99 ans après sa disparition. Léon Senet, un poilu mort dans les tranchées en mai 1915, a été inhumé ce mercredi soir à Rosny-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. Mercredi, à 16h30, ce soldat mort pour la France est enterré dans le carré militaire du cimetière de Rosny en présence de Kader Arif, secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants.