Paris: Les personnes âgées victimes du gang à «la fiole astucieuse»

INFO «20 MINUTES» Des malfrats, déguisés en agent des eaux et en policiers, s’introduisent chez les seniors de la capitale et volent leur argent…

William Molinié
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Les faux policiers présentent des brassards et une carte de police avant de s'introduire au domicile des personnes âgées
Les faux policiers présentent des brassards et une carte de police avant de s'introduire au domicile des personnes âgées — Philippe Huguen AFP

Des professionnels de l’enfumage qui s'attaquent aux aînés. Plusieurs individus sont recherchés par les policiers parisiens pour avoir commis de multiples vols à la fausse qualité (VFQ) aux domiciles de personnes âgées de la capitale ces derniers mois. Selon nos informations, leur mode opératoire est à chaque fois le même, les malfrats ciblant prioritairement des victimes de plus de soixante ans.

L’un d’entre eux se présente comme un agent des eaux au domicile de la future victime. Expliquant qu’il doit vérifier la pureté de l’eau dans tous les appartements de l’immeuble, il sort une petite fiole et demande à la victime de la remplir. Simple prétexte pour s’introduire dans le domicile. C’est alors que deux autres complices, se présentant comme des policiers, font leur apparition. «Vous êtes victimes d’une tentative de cambriolage», annoncent-ils à l’habitant, avant de procéder à l’interpellation du soi-disant agent des eaux. La victime, en confiance, les laisse entrer chez elle.

«Ils ont sorti une carte tricolore. Je les ai crus, bien évidemment», témoigne auprès de 20 Minutes Marie-Hélène, 90 ans, victime en mai dernier des malfaiteurs qui lui ont volé 2.300 euros en liquide ainsi qu’un diamant à son domicile du 11e arrondissement.

Un coffre et une pièce d’or

Simulant une arrestation, les deux faux policiers demandent ensuite à la victime de vérifier les objets de valeur qu’elle détient à son domicile. Cette dernière, mise en confiance, dévoile sans le savoir les «cachettes» de son argent liquide et de ses bijoux. Il suffit alors aux trois individus de s’emparer simplement du butin et de prendre la fuite. «Je n’ai rien vu venir. Les deux policiers avaient l’air très charmants. Ils n’en étaient pas à leur premier coup d’essai», poursuit Marie-Hélène.

Les victimes sont nombreuses. Georges, 90 ans, un riverain du 12e, s’est fait voler 400 euros, un chéquier et une bague le 16 septembre 2013. Quatre jours plus tard, les malfaiteurs emportent chez Louise, 73 ans, 1.200 francs suisses et 2.300 dollars. Si les personnes âgées n’ont pas de monnaie à présenter, les faux policiers dérobent tout ce qui peut avoir une valeur: un coffret ancien chez Marise, 90 ans, une pièce d’or dans le 5e arrondissement, chez Anne, 90 ans aussi, le 1er avril dernier.

Un contre-appel au 17

Les enquêteurs, qui ont surnommé cette affaire «la fiole astucieuse», ont recensé un grand nombre de faits, vingt-cinq entre septembre 2013 et mai 2014. L’équipe de voleurs a commis plusieurs autres vols selon ce même mode opératoire en dehors de la région parisienne. Selon nos informations, les mêmes faits ont récemment été observés dans le Val-d'Oise. «L’enquête n’est pas mise de côté. On continue de travailler dessus. Ils finiront par tomber», soutient une source policière, qui reconnaît qu’il est «très difficile de résoudre ces affaires de vols typiques de la délinquance itinérante». Premièrement, peu d’indices sont laissés sur place par les faux policiers qui revêtent des gants en cuir. Et par ailleurs, les victimes souvent très âgées ne se souviennent que rarement des visages des voleurs.

«Depuis que c’est arrivé, je tire systématiquement le loquet. Mais il y a tout même peu de chance qu’ils reviennent chez moi», ajoute Marie-Hélène. Les VFQ sont relativement répandus. «Ils sont traumatisants pour les personnes d’un certain âge qui font beaucoup confiance aux forces de l’ordre», poursuit une autre source policière. La direction générale de la police nationale (DGPN) recommande aux seniors d'appeler le 17 ou le commissariat de leur commune avant d'ouvrir leur domicile, «en cas de doute, pour vérifier que des effectifs de vrais policiers ont bien été envoyés devant chez eux».