Les lunettes à bas prix se font une place à Paris

ECONOMIE Depuis la diffusion sur M6 d'un reportage consacré à cet «homme qui propose des lunettes à 10 euros», le magasin d'optique de Paul Morlet ne désemplit pas...

Fabrice Pouliquen

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A Lunettes Pour Tous, les vendeurs sont équipés de tablettes numériques pour rendre les ventes plus rapides.
A Lunettes Pour Tous, les vendeurs sont équipés de tablettes numériques pour rendre les ventes plus rapides. — Fabrice Pouliquen / 20 Minutes

Vendredi, ils étaient une dizaine à patienter devant la vitrine de Lunettes Pour Tous une demi-heure avant l’ouverture. Paul Morlet l’évalue aussi à cela le succès de sa boutique : «Je n’ai jamais vu une file d’attente devant un opticien», lance-t-il.

A 24 ans et après avoir déjà créé en 2010 la société Lulu Frenchie, qui vend des lunettes personnalisables, Paul Morlet a ouvert le 22 mai dernier un magasin d’optique au 3 rue Turbigo (1er). La boutique a surtout pris son essor le 21 septembre après la diffusion d'un reportage à l'émission Capital (M6), consacré à «l'homme qui propose des lunettes à 10 euros». «Depuis, cela n’arrête pas », constate Juliette Viollet, directrice communication à Lunettes Pour Tous. Vendredi, Jean-François Berthaud venait même de Brive-la-Gaillarde «rien que pour acheter des lunettes».

Un prix d'appel à 9,99 euros

La motivation des clients est toujours la même : «le prix », raconte Aurélie, étudiante de Vitry-sur-Seine qui avait acheté ses dernières lunettes 450 euros. Une somme toute proche des 470 euros, le prix moyen des montures facturées en France par les opticiens selon UFC-Que Choisir. A Lunettes Pour Tous, Aurélie s'en est sortie pour 69 euros. «Mais les prix démarrent à  9,99 euros pour les lunettes à verres simples et à 29,99 euros pour celles à verres progressifs», détaille Juliette Viollet. Avec une très forte correction, les prix peuvent monter à 299 euros. «Mais pas plus et c'est très rare», assure Juliette Viollet.

Qu'en pense la concurrence? Le sujet crispe bien souvent. «Je suis fatigué qu’on parle sans cesse de la profession sous l’angle des prix pratiqués, déplore Christian Moréas, président du Synope, syndicat des opticiens entrepreneurs. Paul Morlet communique très bien, mais il le dit lui-même, il n’est pas opticien. Un opticien est un professionnel de santé qui conseille sa clientèle, lui assure des verres sur-mesure et garantit un service après-vente. A 10 euros la paire, je ne suis pas sûr qu’il y ait ce service et vos lunettes viennent de Chine.»

Économie d'échelle et volumes

«De Chine ou de Corée du Sud», précise Paul Morlet qui ne s’en cache pas. C'est l'un des piliers de son modèle économique: les économies d'échelles. «Nous nous fournissons dans les mêmes usines que certains de nos concurrents, mais, contrairement à eux, nous le faisons sans aucun intermédiaire», explique-t-il.

La deuxième astuce pour casser les prix, ce sont les volumes. «Un opticien vend en moyenne 400 lunettes par an, notre objectif est d'en vendre 400 par jour», lance Paul Morlet. Tout est alors fait pour que la vente se fasse en moins de dix minutes. Le choix, d'abord, est limité, il y a moins à hésiter. Le magasin ne propose que deux types de verres et 34 montures.

Surtout, les vendeurs de Paul Morlet sont équipés de tablettes numériques où ils enregistrent les informations du client nécessaires à la fabrication des lunettes. «Un logiciel édite alors un code-barres transmis à notre machine au sous-sol du magasin qui démarre de suite la fabrication des lunettes. «Pour les petites corrections, le client peut alors repartir avec ses lunettes au bout de 10 minutes», indique Juliette Viollet.

D'autres boutiques à venir?

Lunettes Pour Tous n'a pas encore atteint le cap des 400 lunettes vendues par jour, mais approcherait les 350 depuis la diffusion du reportage de M6. Les opticiens ne seraient que 70% à juger Lunettes Pour Tous comme un concept viable, selon un sondage réalisé par le site spécialisé Acuité. Cela ne freine l’appétit de Paul Morlet. Il espère ouvrir très vite d'autres enseignes en France.

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