Taxe de séjour: A Paris, il faudrait réorganiser la collecte avant de toucher au plafond

HOTEL La taxe de séjour va augmenter pour 988 hôtels parisiens de trois étoiles et plus. « Avant de toucher au plafond, il fallait s’assurer que tous les hébergeurs paient », s’insurgent les syndicats hôteliers…

Fabrice Pouliquen

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A Paris, selon les chiffres 2013 de l'Office de Tourisme de Paris, 988 hôtels de la capitale avaient trois étoiles ou plus.
A Paris, selon les chiffres 2013 de l'Office de Tourisme de Paris, 988 hôtels de la capitale avaient trois étoiles ou plus. — AFP PHOTO/JACQUES DEMARTHON

De un à deux euros pour les hôtels trois étoiles, de 1,50 à 2,50 euros pour les quatre étoiles, de 1,50 à 3 euros pour les cinq étoiles et de 1,50 à 3,50 euros pour les palaces. Il ne s’agit pour l’instant que d’un rapport d’étape susceptible d’être modifié, mais l’essentiel est acté: la taxe de séjour sera accrue à partir des hôtels trois étoiles.

A Paris, 998 établissements seront touchés sur les 1.570 hôtels que compte la capitale. Forcément, ils faisaient grise mine ce mercredi, en particulier les hôtels trois et quatre étoiles, «principales cibles de cette réforme», estime l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie).

La clientèle affaire, première impactée ?

Ces deux catégories représentent 60% du parc hôtelier parisien. «Ils sont fréquentés à 50% par la clientèle affaire, des salariés d’entreprises qui viennent à Paris pour des formations, ou des congrès, explique Bertrand Lecourt, gérant de l’hôtel Palma (20e) et président d’honneur de l’Umih-Paris. Ils seront les premiers impactés par ces hausses qui ne sont pas anodines. Un euro de plus par personne et par nuit, ce n’est pas rien pour une entreprise.»

La taxe de séjour rapporte aujourd’hui 40 millions d’euros par an à la ville de Paris. Le relèvement des plafonds assurera un surplus de recettes précieux à la mairie qui tente de boucler son budget 2015. Combien? «C’est trop tôt pour le dire, répond Jean-François Martins, adjoint à la maire de Paris en charge du tourisme. L’Etat donne les limites à ne pas dépasser, mais ce sont les villes qui fixent les montants. Sur ce point, nous n’avons pas encore décidé.» Pour Bertrand Lecourt, c’est tout vu. «Jusqu’à présent, Paris avait déjà appliqué les montants les plus élevés pour les hôtels trois étoiles et plus… Pourquoi cela changerait.»

«L’urgence d’améliorer la collecte»

Mais tout n’est pas qu’une question de montant. Jean-François Martins comme l’Umih s’accordent sur ce point: il faut aussi améliorer la collecte de cette taxe de séjour. «Un nombre important d’hébergeurs ne la paient pas aujourd’hui alors qu’ils le devraient», déplore Laurent Duc, président de la branche hôtellerie de l’Umih France.

A Paris, les hébergements non-hôteliers via des plateformes entre particuliers du type Airbnb sont visés. Airbnb recense à lui-seul 30.000 chambres dans la capitale. «Ces logeurs sont censés payer une taxe de séjour de 20 centimes d’euros par nuit et par personne, indique Jean-François Martin. C'est fort probable qu'ils ne le fassent pas tous.» «Le dispositif de collecte est très complexe et on est sur des toutes petites sommes, se défend Nicolas Ferrary, directeur France d’Airbnb. Nos hébergeurs se voient réduits à faire des chèques de quelques euros à la maire. Même pour la ville, c’est compliqué à traiter.» 

Des solutions sont à l’étude pour simplifier cette collecte. «L’une d’elles envisage de confier aux plateformes d’hébergement la collecte de cette taxe de séjour auprès de leurs loueurs», indique Nicolas Ferrary.

« Que cette taxe apparaisse sur la facture!»

Une autre revendication des hôteliers parisiens est de payer leur taxe de séjour au réel et non plus au forfait. QU'est-ce qui change? Au forfait, l’hôtelier ne paie pas en fonction du nombre exact de clients reçus, mais selon un calcul théorique qui comprend le nombre de chambre d’hôtel, le nombre de jours d’ouvertures, un taux moyen d’occupation des chambres…  «Au réel, le calcul serait plus juste, la taxe de séjour échapperait à la TVA et son montant apparaîtrait enfin sur facture, lance Bertrand Péricout… Si les prix augmentent, le client s’apercevra que ce n’est pas notre faute.» Jean-François Martins se dit aussi favorable à cette taxe de séjour au réel.