Budget participatif: «Les tipis ne se feront pas au détriment du logement social»

INTERVIEW L’adjointe à la maire de Paris chargée de la démocratie locale et la participation citoyenne explique le fonctionnement  du budget participatif lancé ce mercredi à Paris….

Oihana Gabriel

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Paris, le 22 septembre 2014, Pauline Véron, adjointe à la maire chargée de la démocratie locale et la participation citoyenne
Paris, le 22 septembre 2014, Pauline Véron, adjointe à la maire chargée de la démocratie locale et la participation citoyenne — O. Gabriel / 20 Minutes

Cultiver dans les écoles, du coworking étudiants-entrepreneurs, des jeux pour enfants dans les rues… Ce mercredi, tous les Parisiens peuvent voter pour l’un des 15 projets proposés par la Mairie de Paris. Pauline Véron (PS) détaille l’objectif de cette innovation démocratique.

Pourquoi la Mairie se lance maintenant dans ce budget participatif?

Face à une crise nationale du politique, la Maire a voulu donner la possibilité aux Parisiens de s’impliquer dans la mise en œuvre de projets pour améliorer leur quotidien. Ce sera le budget participatif le plus important au monde par son montant et son ampleur: 426 millions d’euros d’investissements seront décidés directement par les Parisiens pendant cette mandature.

Comment ça va se passer?
A partir de mercredi et pendant une semaine, tous les Parisiens sans limite d’âge ou de nationalité peuvent voter pour cinq projets maximum sur le site. Des urnes seront mises en place dans les mairies d’arrondissementt, à l’Hôtel de Ville et dans des équipements municipaux. Nous invitons les parents à venir voter avec leurs enfants: c’est un bon apprentissage de la citoyenneté! 

Et une fois les projets priorisés?
Le 2 octobre, Anne Hidalgo annoncera le nombre de projets choisis, dans la limite des 20 millions d’euros prévus cette année. Nous avons choisi des projets concrets et réalisables rapidement. L’année prochaine, de janvier à mars, les Parisiens proposeront eux-mêmes leurs idées qui seront ensuite mises au vote. Le budget passera alors à 71 millions d’euros, divisée en deux catégories: une pour les projets qui concerneront tout Paris et l’autre pour des initiatives à l’échelle d’un arrondissement.

Pourquoi ne pas faire appel dès cette année aux idées des Parisiens?
Nous avons voulu procéder par étapes. Cette année est celle de l’apprentissage du dispositif. Ces exemples de projets serviront de source d’inspiration pour l’année prochaine. Et il faut du temps pour voir si les projets sont réalisables juridiquement et techniquement, évaluer leur coût…

Est-ce que laisser le choix aux Parisiens n’est pas aussi laisser de la place aux lobbys?

Les Parisiens se sont prononcés à l’occasion des élections municipales pour le projet pour Paris porté par Anne Hidalgo. Les projets soumis au vote seront bien entendu sélectionnés dans ce sens, en toute transparence. Cela évitera tout excès. Pour le reste, nous faisons confiance à l’intelligence collective. Nous sommes convaincus que les Parisiens veilleront au nécessaire équilibre entre pari démocratique et possibilité pour certains de faire valoir leur point de vue.

Un grand écran, des tipis à louer, la végétalisation de murs, ces initiatives existent déjà, pourquoi les inclure dans un budget participatif ?

Nous nous appuyons en partie sur des expériences qui ont démontré leur pertinence, et proposons de les développer à plus grande échelle : les tipis seraient accessibles dans les squares, le grand écran serait pérenne pour faire des retransmissions d’événements sportifs ou du cinéma en plein air, etc.

Est-ce que ces projets n’auraient pas de toute façon été lancés par la mairie?

Il y a un programme municipal, sur lequel la Maire de Paris s’est engagée. Elle a par exemple lancé un recensement des lieux à végétaliser. Le budget participatif permet d’aller plus loin que ce qui est prévu.

Est-ce qu’à un moment où il manque 400 millions d’euros dans les finances parisiennes, ce budget participatif de 426 millions d’euros pour six ans n’est pas menacé? 

Il faut faire preuve de pédagogie budgétaire. La baisse des dotations impose à Paris de faire davantage d’économies. Mais elles portent sur le fonctionnement de la ville. Or le budget participatif s'inscrit dans les dépenses d'investissement. Anne Hidalgo s’est engagée à maintenir l’investissement à 1,4 milliard d’euros par an sans augmenter les impôts.

Installer des jeux alors que Paris manque de crèches, de logements, n’est-ce pas superflu? 

L’un ne met pas l’autre en péril. Il y a des priorités fondamentales : le logement social, les crèches, les écoles, les transports, etc. Ce budget participatif, c’est 5% du budget d’investissement total de la Mairie. Nous les utilisons généralement pour faire de plus petits aménagements, nous avons souhaité les mettre désormais dans les mains des habitants. Les tipis ne se feront pas au détriment le logement social!