Ian Brossat: «Nous allons assouplir les normes sur les parkings pour relancer la construction de logement »

LOGEMENT L'adjoint à la maire de Paris chargé du Logement explique comment il compte arriver à l'objectif de 10.000 logements supplémentaires par an à Paris…

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Paris, le 15 septembre 2014, Ian Brossat, adjoint chargé du logement, a reçu 20 Minutes dans son bureau à l'Hôtel-de-Ville.
Paris, le 15 septembre 2014, Ian Brossat, adjoint chargé du logement, a reçu 20 Minutes dans son bureau à l'Hôtel-de-Ville. — O. Gabriel/ 20Minutes

Planning chargé pour Ian Brossat. L’adjoint à la Maire de Paris chargé du Logement lance cinq ateliers pour favoriser la construction de logements. Jeudi, la première pierre du premier logement 100% sans parking sera posée dans le 18e, l’occasion pour lui de détailler ses ambitions.

La Mairie de Paris veut construire 10.000 logements par an, comment arriver à cet objectif ambitieux?

Notre ambition est à la mesure des attentes des Parisiens. Nous avons, pour cela, activé de nombreux leviers. Notamment en lançant la modification du plan local d'urbanisme (PLU) qui interviendra en décembre 2015. Elle nous permettra, par exemple, d’assouplir les normes de construction de parkings, qui constituent un obstacle à la création de logements. Jeudi, la première pierre d’un immeuble privé 100% sans parking sera posée au 100 rue Leibniz (18e). Une première depuis 1977. Aujourd’hui, un promoteur doit construire une place de parking pour 100 m2 de logement. Pour les immeubles de moins de 2.000 m2, le PLU permet de ne pas réaliser d’aires de stationnement. Cet immeuble n’aurait pu sortir de terre sans cette dérogation. Et l’absence de parking n’a pas été un obstacle à sa commercialisation. Des emplacements avaient même été réservés par le promoteur, Nexity, dans un parking public voisin et ils n’ont pas trouvé preneurs. Les normes de parking augmentent les coûts de construction de 20 à 30%. Nous allons donc assouplir ces normes. 

Ce qui va agacer les automobilistes en recherche de places de stationnement…

L’habitat doit s’adapter aux nouveaux modes de vie. Aujourd’hui, 50% des Parisiens ne possèdent pas de voiture. Et nombre de parkings sont vacants. La RIVP, l’un de nos bailleurs sociaux, indique que 26% de ses places de parking sont vides. Les normes sur les parkings sont aussi un obstacle à la transformation de bureaux en logements. Or, nous nous sommes engagés à transformer 200.000 m2 de bureaux en logements.

Le 3 octobre, le scoring sera appliqué aux attributions de logements sociaux…

Le scoring répond à un objectif de lisibilité et de transparence. Je suis frappé de voir à quel point les Parisiens ne comprennent pas le mode d’attribution des logements sociaux. Nous voulons y remédier.

Et pourtant, des abus existent: des sous-locations, des familles qui pourraient quitter leur appartement…

Ces pratiques sont marginales. Il ne faut pas jeter l’opprobre sur l’ensemble des habitants du parc social en raison d’un certain nombre de dérives. Pour autant, ces abus sont inacceptables. Quand on bénéficie d’un logement social, on n’en fait pas un business. J’ai demandé aux bailleurs sociaux d’être fermes et vigilants en cas de sous-location d’appartements sociaux.

>> Retrouvez notre article: Ils sous-louent ou échangent leur logement social

Pierre-Yves Bournazel (UMP) proposait d’instaurer un bail de six ans pour le logement social, qu’en pensez-vous?

Cela relève du Parlement, la ville n’est pas décisionnaire. Sur le fond, c’est une mesure totalement injuste. Elle reviendrait à punir et insécuriser l’ensemble des habitants du parc social.

Le salaire maximum pour une famille avec deux enfants pour être logé dans le parc social est de 4.790 euros à Paris, n’est-ce pas trop?

Non, le parc social doit rester mixte. Il a vocation à accueillir les familles modestes et les classes moyennes, qui ont elles aussi du mal à se loger dans le privé.

Mais comment augmenter le taux de rotation qui n’est que de 4,5 %?

La grande majorité des locataires du parc social restent parce que les loyers du privé sont inabordables pour eux. Il faut que les loyers dans le privé baissent. C’est pour cela que nous appuyons l’encadrement des loyers. Et nous nous mobilisons pour construire davantage de logements accessibles.

Et pourtant, l’encadrement des loyers ne fera pas forcément baisser les prix…

Les loyers à Paris ont augmenté de 33% en 10 ans. Ça suffit. Je veillerai à ce que cette mesure ait un véritable impact sur les loyers. Par ailleurs, il me paraît logique que l’encadrement des loyers puisse être appliqué à toute la métropole. Le marché immobilier s’organise aujourd’hui à l’échelle de la métropole.

>> Encadrement des loyers à Paris: une mesure efficace? 

Justement, à partir de janvier 2016 ce ne sera plus la Mairie mais la Métropole de Paris qui aura en charge le logement, comment va s’organiser cette division des compétences?

Je participe à la mission de préfiguration de la Métropole de Paris. Un des enjeux sera de contraindre les maires récalcitrants, souvent de droite, à construire du logement. Paris ne restera pas les bras croisés en attendant l’avènement de la métropole.