Être locavore, c'est aussi partager un potager à Paris

REPORTAGE «20 Minutes» a visité une ferme participative, alors que les semaines du manger local ont lieu jusqu’au 28 septembre en Ile-de-France…

Oihana Gabriel

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Paris, le 28 aožt 2014, le bois de Vincennes accueille depuis quelques mois une petite ferme o les Franciliens peuvent cultiver leurs lŽgumes et fruits ou venir en acheter.
Paris, le 28 aožt 2014, le bois de Vincennes accueille depuis quelques mois une petite ferme o les Franciliens peuvent cultiver leurs lŽgumes et fruits ou venir en acheter. — Oihana Gabriel/20 Minutes

Au fond du jardin tropical, à l’extrémité est du bois de Vincennes, quelques plants de légumes et cultivateurs courbés accueillent les visiteurs. Le lopin de terre est exploité par V’île Fertile, première ferme participative parisienne, domiciliée dans le 12e arrondissement. Mais il faut aller jusqu’à Nogent sur Marne en RER pour atteindre ces allées de fraises blanches et autres rhubarbes.

«J’adore le basilic», s’exclame d’ailleurs Victor, 11 ans, le nez dans les plantes aromatiques. Sa mère, Françoise Pennec, membre très active de l’association s’enthousiasme aussi: «On a eu les premiers radis en avril, j’étais tellement fière que je les ai lavés dans la baignoire et je leur ai accroché un petit ruban!».

Victor, 11 ans, passe ces week-ends à arroser, planter et cueillir les légumes et fruits cultivés à la V’île Fertile, première ferme urbaine participative. - Oihana Gabriel/20 Minutes

 

Boucle d’oreille en radis

C’est en mars, qu’elle et ses deux fils ont donné les premiers coups de pioche. Et depuis la famille passe ses week-ends et vacances à soigner leurs cultures… et cuisiner leurs productions. «J’ai une formation agricole, raconte cette infirmière scolaire. Cela me manquait de ne pas mettre les mains dans la terre… Et puis mes enfants ne connaissaient rien à l’agriculture. Cette ferme c’est leur maison secondaire et leur terrain de jeu. Ça leur plaît tellement qu’ils mangent plus de légumes!»

Avec environ 80 adhérents et une dizaine d’actifs, la communauté se retrouve pour bêcher, planter, récolter. Car le côté participatif fait partie de l’ADN de cette ferme urbaine. «Je suis là parce que j’ai envie de jardiner, de manger mes bons légumes, d’apprendre avec d’autres et à d’autres», reprend Françoise, boucles d’oreilles en radis et bottes en caoutchouc. Dans les allées cultivées, les membres de l’association dévoilent aux clients le persil tubéreux dont la racine se mange comme une carotte, les chrysanthèmes dont on peut déguster les pétales et six variétés de radis! «Il y a des visiteurs qui ont pris les courgettes jaunes pour des bananes!», s’amuse Françoise. Et V’ile fertile espère bien accueillir des scolaires à l’avenir.

Du fumier de cheval comme engrais

En attendant, la ferme attire les locavores* de toute la région qui viennent goûter ces fruits, légumes et herbes aromatiques au même prix que chez Naturalia. Et ces productions poussent grâce à l’énergie des maraîchers en herbe, mais aussi du fumier de la garde républicaine, récupéré comme engrais et des invendus du marché de Nogent transformés en compost. «Le week-end dernier, on a été dévalisé! Une fois qu’on a goûté ces haricots-là on ne peut pas en manger dans la grande distribution», assure Françoise en montrant les plants.

>> Est-ce dangereux pour la santé de manger les légumes cultivés sur les toits de Paris?

Avec quelques ratés tout de même. «Nos tomates ont pourri sur pied à cause de l’humidité… on n’a pas pu leur mettre un parapluie!» Mais l’association a obtenu le droit de rénover la serre qui pourrait mettre à l’abri certaines cultures pendant l’hiver. «On s’est aussi rendu compte que les rattes ont un rendement minable. Notre but, c’est que le jardin soit rentable. Et on avendu pour 2.000 euros de produits depuis avril.» Pour le moment, les apprentis maraîchers s’occupent de 600 m2, mais espèrent pouvoir s’agrandir. Et donner envie à d’autres locavores de partager un potager.

>> Retrouvez notre article sur les restaurants parisiens se mettent au locavore

Françoise a donné les premiers coups de pioche et récolté les premiers radis pour l'association dont elle fait partie. - Oihana Gabriel/20 Minutes

 

C’est quoi un locavore?

Le terme «locavore» est né en 2005 et définit les personnes qui tentent de manger uniquement les aliments cultivés ou produits à l’intérieur d’un rayon de 160 kilomètres de leur lieu de vie. Mais certains Franciliens adeptes du manger local étendent la carte jusqu’à 200 km autour de Paris, incluant ainsi la Picardie et la Normandie. Les Semaines du manger local, du 13 au 28 septembre font découvrir les trésors gustatifs de notre région.  Pour lancer ces festivités, les berges de Seine accueilleront ce week-end un marché locavore et des démonstrations culinaires.

Nous avons demandé à Sophie Lemp, auteure du guide Paris locavore (Parigramme) de nous concocter un menu «100 % francilien».

Œuf mi-cuit et mousseline de céleri

Jambon de Paris (rue de Charonne, 11e) avec poêlée de champignons des carrières des Yvelines

Brie de Meaux avec miel du Gâtinais

Soupe de fraises