Les filles du 9-3 ne souffrent plus en silence

SOCIETE Selon une étude départementale, près de 25 % des 18-21 ans ont subi des violences physiques

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« Plusieurs femmes en parlaient pour la première fois. Elles avaient appris à vivre avec. » Maud Lesné a enquêté en Seine-Saint-Denis auprès de jeunes filles de 18 à 21 ans sur les comportements sexistes et les violences dont elles ont été victimes. Les résultats, dévoilés hier par le conseil général, sont éloquents : 14 % d'entre elles ont subi des agressions sexuelles au cours de leur vie et 23 % des violences physiques, hors gifle. Maud Lesné a écouté plusieurs récits de viols, commis en majorité dans le cercle familial (voir infographie). « Nous menions nos entretiens en face-à-face et les filles restaient anonymes. Ce contexte crée un terrain favorable à la confession. Je les ai senties très sensibilisées à la question des violences, bien décidées à ne plus se laisser faire. La vision traditionnelle de la femme est en train de disparaître. » Certaines, « qui venaient de m'avouer des choses affreuses, ont con­vaincu leurs copines de venir nous voir », raconte la chargée d'études pour l'observatoire départemental des violences envers les femmes. Des tabous semblent persister : si 90 % victimes avaient déjà parlé des violences sexuelles subies dans le cercle familial avant l'enquête, seules 33 % avaient signalé des faits com­mis au sein du couple.L'étude s'intéresse aussi aux harcèlements : 49 % des filles déclarent avoir été suivies dans la rue avec insistance au cours des douze derniers mois ; 26 % ont subi des mains aux fesses, aux seins, ont été coincées pour être embrassées, ou pelotées ; 13 % ont été confrontées à des exhibitionnistes.Le même type d'étude avait été mené en 2000 au niveau national. Le taux de filles déclarant des violences était trois à cinq fois moindre que cette fois-ci. « Sûre­ment parce qu'elles tolèrent moins les violences et en parlent davantage aujourd'hui », assure Maryse Jaspard, responsable scientifique de l'enquête, qui a « peur que l'on stigmatise la Seine-Saint-Denis ». Elle pense interroger les garçons dans une prochaine étude, pour « ne pas opposer les filles aux garçons. Eux aussi doivent être victimes. »

Magali Gruet