Ceterrrea: De la mode avec des vêtements qu’on ne porte plus

HABILLEMENT Une tonne de vêtements arrivent chaque mois à la ressourcerie de la Maison du Canal (10e). Du coup, la structure a remis le pied à l’étrier à deux couturières et a lancé Ceterrra, sa marque de mode au féminin…

Fabrice Pouliquen

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Zahra Essaharaoui  et Merveille Agbo, en réinsertion remettent un pied dans les métiers de la mode en travaillant les collections de Ceterrra.
Zahra Essaharaoui et Merveille Agbo, en réinsertion remettent un pied dans les métiers de la mode en travaillant les collections de Ceterrra. — Fabrice Pouliquen / 20 Minutes

On n’en parlera sans doute pas à la Fasion Week, la grande semaine de la mode qui se profile à Paris à la fin du mois. Pourtant, à sa manière, la marque de vêtements pour femme Ceterrra, bouscule les codes de la mode. Non pas par le choix des tissus ou en osant des designs extravagants. L’originalité de cette nouvelle ligne de vêtements, 100 % parisienne, tient dans les trois «R» de son nom: «Réduire, réutiliser, recycler», explique Elodie Combileau, responsable du pôle développement durable de la régie de quartier du 10e arrondissement.

«Parfois des vêtements avec l’étiquette»

C’est cette structure d’insertion par le travail qui a créé cette marque en mai dernier en s’appuyant sur une mine d’or: la ressourcerie de la Maison du canal lancée fin 2011 par la régie de quartier. Les Parisiens y sont invités à y déposer leurs sacs, vêtements et chaussures qu’ils ne portent plus ou n’ont jamais porté d’ailleurs. «Il y a une tonne de vêtements qui nous arrive chaque mois», précise Elodie Combileau en pointant du doigt un tee-shirt neuf toujours avec son étiquette. Elle est là, la matière première! Comme toute ressourcerie, Ceterrra conserve les meilleures pièces, les lave et repasse et les remet à la vente à prix réduits dans sa boutique du 48 rue Faubourg-Poissonière.

Mardi, c’était Elodie Combileau qui se chargeait de l’accueil de la clientèle pour la réouverture de la boutique Ceterrra. - Fabrice Pouliquen/20 Minutes

 

Mais pour une partie des vêtements, Ceterrra va plus loin et sort ciseaux et machines à coudre pour se lancer dans la création. Ça, c’est le boulot de Zahra Essaharaoui et Merveille Agbo, âgées respectivement de 25 et 21 ans. Toutes les deux ont été diplômées dans les métiers de la mode avant de rapidement prendre d’autres directions une fois entrées dans la vie active. «Pour la moindre annonce d’emploi, il demande six ans d’expérience», déplore Merveille, devenue un temps serveuse tandis que Zahra s’était tourné vers la garde d’enfant en attendant.

Un quatrième R pour réinsertion

A Ceterrra, les deux femmes retournent donc à leur premier amour, épaulées par Thomas Duvauchelle, styliste de profession. Le temps d’un contrat d’avenir de trois ans, elles vont réapprendre toutes les bases du métier et acquérir l’expérience qui leur manquait. Si bien qu’avant le diktat de la mode, Ceterrra compose dans un souci de formation. «L’idée est de produire un minimum de 70 pièces par mois, indique Elodie Combileau. A chaque fois en travaillant des techniques différentes.» «Cela peut être l’ajout au vêtement originel de biais, d’un double-col de chemise, de poches, d’un élastique apparent, détaille Thomas Duvauchelle. Nous travaillons aussi les longueurs, les tailles, des tissus spécifiques…»

Une rentrée aux couleurs pastel

Les exercices ne manquent pas. En attendant, la nouvelle collection Ceterrra est à retrouver dans la boutique de la rue Faubourg-Poissonnière, rouverte depuis ce mardi. «Il y a essentiellement des jupes et des tops dans des couleurs pastel, précise Elodie Combileau. Les jupes sont vendues entre 35 et 45 €et les tops autour de 30 euros.» Une vente éphémère est aussi prévue ce samedi, de 11h à 19h, à l’angle de la rue Beaurepaire et du quai de Valmy.

Ressourceries: Un réseau qui se met en place

Les ressourceries se font doucement une place dans la capitale. Le Refer (Réseau francilien du réemploi) a même été créé en janvier dernier pour fédérer les différentes structures. Elles ont toutes pour point commun d’être des lieux où les Parisiens peuvent venir déposer des objets usagers qui seront ensuite remis en état, valorisés et revendus à prix accessibles. «A Paris, il y en a trois labellisées par le réseau national des ressourceries, précise Martin Bobel, coordinateur au sein du Refer. La Maison du Canal (10e), ma Ressourcerie (13e) et La Petite Roquette (11e). A cela s’ajoutent quatre autres structures similaires: Interloque (18e), la ressourcerie Paris-Centre (2e), Rejoué (14e), La réserve des arts (14e)

La plupart ont une spécialité et on trouve de tout désormais dans le réseau. Des vêtements aux jouets en passant par les matériaux de construction. En comptant le réseau Emmaüs, ce sont 1.600 tonnes qui ont été détournées des poubelles parisiennes en 2013 indique la mairie de Paris sur son site internet.