Paris: La police envisage d'utiliser des drones pour collecter des informations

POLICE La préfecture de police songe à recourir à ces mini-avions sans pilote pour des missions précises. Un test est prévu ce mois-ci en marge d’une rencontre sportive…

Fabrice Pouliquen

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Un drone de la SNCF survole le viaduc de Roquemaure à Orange, le 5 novembre 2013. Dans les prochaines semaines, ce sera autour de la Police de Paris d'expérimenter la technologie en marge d'une rencontre sportive.
Un drone de la SNCF survole le viaduc de Roquemaure à Orange, le 5 novembre 2013. Dans les prochaines semaines, ce sera autour de la Police de Paris d'expérimenter la technologie en marge d'une rencontre sportive. — Boris Horvat AFP

«Nous envisageons de recourir aux drones afin de récupérer de l’information dans des zones risquées.» L’annonce est de Philippe Caron, directeur de la DOSTL (Direction opérationnelle des services techniques et logistiques) de la police de Paris. Elle est passée quasi inaperçue dans une lettre d’information de la Préfecture de police début août. Mais le projet est bel et bien à l’étude. Un appel d’offres a même été lancé en juin auprès des constructeurs de drones pour mener des expérimentations.

Une expérience en septembre dans un stade

Francis Duruflé, de la société Infotron basée à Massy (Essonne), y a répondu. «Il n’y a pas d’achat définitif de matériel prévu pour l’instant par la Préfecture de police de Paris, explique-t-il. Dans un premier temps, leur volonté est de tester les potentialités du drone sur des opérations précises.» La première expérience devrait être menée mi-septembre lors d’une rencontre sportive dans un stade de la région parisienne. «Pas le parc des Princes», assure Francis Duruflé. La préfecture de police de Paris, qui dit préparer un communiqué, est pour l’instant discrète à ce sujet.

Le projet n’est pas si étonnant. «Les drones sont en plein essor et des nouvelles applications sont trouvées chaque jour», observe Emmanuel de Maistre, co-fondateur de Red Bird, compagnie aérienne de drones civils. Cela va de la surveillance industrielle à la collecte de données pour améliorer les rendements agricoles. La SNCF aussi teste ces aéronefs pilotés à distance pour chasser les voleurs de câbles et les pompiers des Bouches du Rhône ont acheté deux drones, début juillet, pour repérer les zones d’intervention.

Outil précieux dans la collecte d’information

Alors pourquoi pas la police? La technologie a quelques atouts à faire valoir pour collecter de l’information. «Le drone est à voir comme une caméra sur un mât virtuel, indique Francis Duruflé. Il peut être positionné et retiré n’importe où et quand on le veut. Dans un stade ou devant une entrée d’immeuble. C’est aussi un œil déporté, très utile pour faire du repérage. Le drone peut être envoyé avant l’intervention sur une zone à risque ou difficile d’accès pour les policiers.»

A l’UNSA-Police comme à Alliance, on en rêve déjà. «A condition que l’investissement ne se fasse pas au détriment du recrutement d’effectifs, indique Christophe Crépin, chargé des relations presse à l’UNSA-Police. Certains quartiers sont aujourd’hui difficiles d’accès aux policiers, ce qui complique le travail d’enquête. Il faut planquer, mobiliser des hommes, y passer des mois… Le drone peut faciliter cette collecte de données» «Cela ne coupera pas plus les policiers des quartiers à risque, ajoute Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d’Alliance. Il faut bien distinguer phase d’investigation, dans laquelle le drone peut être utile, et celle de territorialisation, où il faudra toujours des agents pour occuper le terrain.»

Encore de la science-fiction

Mais n’anticipons pas trop non plus. Tomber nez à nez avec un drone policer dans le ciel de Paris en pleine surveillance d’un quelconque trafic n’est pas pour tout de suite. Des obstacles subsistent encore. L’autonomie des aéronefs tout d’abord. «En vol, elle n’excède pas les deux heures pour les drones à moteur électrique aujourd’hui», rappelle Emmanuel de Maistre.

La réglementation ensuite. «En zone urbaine, le télépilote n’a pas droit d’approcher à moins de 30 mètres d’un individu sans son accord», poursuit Francis Duruflé. Sans parler des consignes de sécurité à respecter lorsqu’on survole des routes ou des habitations.»