Street-art: Ils jouent avec le paysage parisien et font le buzz sur la toile

RÉSEAUX SOCIAUX YAK, Le Cyklop et ARDPG font parler d’eux en détournant Paris avec ironie. Leur astuce? Partager au plus vite leurs œuvres sur les réseaux sociaux…

Fabrice Pouliquen

— 

Trois fois par jour, Yacine Ait Kaci poste sur le web une nouvelle péripétie d'Eyx.
Trois fois par jour, Yacine Ait Kaci poste sur le web une nouvelle péripétie d'Eyx. — YAK

Elyx bronze sur les berges de Seine, joue au basket sur le parvis de l’Hôtel de ville, découvre un puits de pétrole au sommet de la tour Eiffel ou fait le mariole sur les colonnes de Buren… En fait, Elyx peut tout se permettre. Et pour cause, il n’existe que sur papier et dans la tête de l’artiste parisien Yacine Ait Kaci (YAK).

43.000 internautes à suivre Elyx
Au gré de ses déambulations, YAK fait vivre son personnage dans les rues de Paris. Le concept est simple: Elyx, silhouette aux traits fins, est dessiné sur un carnet que YAK met en perspective avec le mobilier parisien. Toujours avec humour. Depuis quelques mois, Elyx a tapé dans l’œil d’Internet au point qu’il y ait aujourd’hui toute une communauté à suivre ses aventures. «Environ 43.000 internautes entre les abonnés de mes comptes Facebook, Instagram, Twitter…», évalue YAK.

Ce succès sur la toile n’est pas sans rappeler ceux d’ARDPG ou d’Olivier d’Hondt, alias Le Cyklop. Ces deux autres street-artistes parisiens font aussi parler d’eux, toujours en détournant Paris. Le premier parodie les consignes de sécurité de la RATP en collant des affiches dans le métro qui reprennent le même code couleur et le même code typographique. «Jouer à Candy Crush dans cette rame est passible d’une amende» ou «Veuillez ne pas paraître trop joyeux», peut-on par exemple y lire. Cykop, lui, peint les poteaux anti-stationnement à Paris. En œil de cyclope ou en tête de Lego.

Depuis cet été, les poteaux anti-stationnement du quai de l’Aisne à Pantin ont des têtes de Lego. - Cyklop

 

«Démultiplier les publics touchés»
Ces trois artistes, qui ne se connaissent pas, ont chacun une manière de s’approprier la ville, mais se rejoignent sur un point: l’usage des réseaux sociaux. Leurs créations font toutes l’objet d’une photo postée dans la foulée sur les réseaux sociaux. Yak en utilise jusqu’à sept différents et le reconnaît sans ambiguïté: «Le web fait partie intégrante de mon projet, Elyx est avant tout un personnage digital.»

S’ils ne vont pas aussi loin dans l’usage des réseaux sociaux, ARDPG et Le Cyklop reconnaissent bien volontiers l’apport de cette vitrine pour faire connaître leurs oeuvres. «Dans la rue, toute création artistique est éphémère. La poster sur Instagram fige le travail dans le temps et démultiplie les publics touchés», raconte Le Cyklop. «Dix minutes après être postées, mes affiches sont plus vues par des internautes que des gens présents dans la rame de métro», ajoute ARDPG. Voilà sans doute aussi pourquoi on parle de plus en plus du street-art à Paris. «Mais il y a toujours eu des artistes, à Paris ou ailleurs, pour détourner la ville», précise Le Cyklop, qui invite aussi à aller voir le travail à Paris d’Oak Oak ou des artistes qui jouent avec les Little People. L’avènement des réseaux sociaux ne leur rend pas forcément la tâche plus facile. «Pour que ça prenne sur Internet, il faut une vraie démarche artistique derrière le projet, une idée qui puisse tenir sur la durée, se renouveler», estime ARDGP.

@ ARDPG/Capture d’écran Instagram - @ ARDPG/Capture d’écran Instagram

 

Une application smartphone Elyx à l’automne?
Mais quand le succès est au rendez-vous, les réseaux sociaux peuvent être un véritable coup de pouce pour faire décoller une carrière. ARDGP et Le Cyklop multiplient les contacts intéressants dans les galeries parisiennes. YAK, lui, vend ses photos en série limitée à la galerie Bettina. Il partira en octobre au Japon pour de nouvelles aventures à Elyx, prépare aussi une application pour smartphone et dit être en pourparlers pour des projets plus grand encore. «J’espère vivre d’Elyx d’ici la fin de l’année.»

 

Elyx en danseur d’opéra, l’une des dernières scènes postées sur les réseaux sociaux par son créateur, YAK - YAK

 

Dans le 13e arrondissement de Paris, il n’est pas rare de tomber sur un cyclope au beau milieu du trottoir. - Le Cyklop

 

@ ARDPG/Capture d’écran Instagram - @ ARDPG/Capture d’écran Instagram