Une «maison accueillante» pour les femmes africaines

©2006 20 minutes

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Comme une ambiance de salon de coiffure mais avec une gravité singulière. Une quinzaine de femmes sont assises dans les canapés de l'association Ikambéré*, à Saint-Denis cet après-midi-là. Après avoir avalé un repas chaud, elles prennent part à ce qu'on appelle ici la « convivialité ». En plus du travail social effectué par l'association, c'est dans ces ateliers - cuisine, couture, informatique, yoga... - qu'Ikambéré remplit sa mission première : « Rompre l'isolement des femmes atteintes de VIH. » Des femmes qui représentent 68 % des nouveaux cas de sida diagnostiqués en Ile-de-France.« Avant d'être malades, beaucoup faisaient la navette avec leur pays d'origine. Maintenant, elles restent en France pour se soigner », précise Diane, l'assistante sociale. Quand elles le peuvent. Car les préfectures délivrent de moins en moins de cartes de séjour pour soins, pourtant prévues par la loi pour les étrangers atteints d'une pathologie grave qui ne peut être soignée dans leur pays.Laurence, socioesthéticienne, étale ses produits sur la grande table et débute une séance de mise en beauté. « Cela permet de renouer avec la séduction, qui est associée à la contagion », précise-t-elle. Pendant ce temps, Aimée, animatrice, lance un débat sur le thème : « Com ment annoncer sa séropositivité ? » Marie-Paule répond et fait rire l'assistance en racontant la réaction de son mari : « Ce jour-là, il a enfilé un pyjama. » Pour une autre, ce fut plus dramatique : « Ma mère pensait que je blaguais, ma petite soeur mangeait mes médicaments, j'ai dû partir. » « Quand j'ai appris ma séropositivité en 1999, je pleurais tout le temps. Je pensais être la seule à avoir cette maladie », explique Amy, hébergée à l'hôtel avec son fils.En dix ans d'existence, l'association Ikambéré a constaté une amélioration des soins. « Mais leur premier problème, c'est le logement, car les femmes sont parfois mises à la rue », témoigne la directrice, Bernadette Rwegera.

Sophie Caillat