Petit Palais: Quand les files d’attente virent aux insultes et à la gifle

PARIS Insultes, réflexions et parfois gifle et bousculade… Au Petit Palais, l’exposition à succès «Paris 1900» attire beaucoup de monde, provoquant de longues files d'attente devant le musée. Ces dernières semaines, le personnel déguste…

Fabrice Pouliquen

— 

Ce mardi matin encore, la queue débordait sur le trottoir et à 12h, il fallait patienter deux heures avant d’espérer entrer.
Ce mardi matin encore, la queue débordait sur le trottoir et à 12h, il fallait patienter deux heures avant d’espérer entrer. — Fabrice Pouliquen / 20 Minutes

«Pourquoi eux entrent et pas nous?» «Ça fait bien un quart d’heure que ma file n’a pas bougé…» «Combien de temps faut-il attendre avant d’entrer?»… Les remarques sont tous les jours les mêmes ces dernières semaines au pied du Petit Palais. Ouverte en avril et jusqu’au 17 août, l’exposition «Paris 1900» fait s’agglutiner chaque jour des centaines de curieux devant le musée. Ce mardi matin encore, la queue débordait sur le trottoir et à 12h, il fallait patienter deux heures avant espérer entrer.

«C’est beaucoup, soufflent Mireille et Yannig, qui n’ont jamais attendu aussi longtemps pour une exposition. Mais nous n’aurons pas d’autres opportunités de la voir, alors on patiente.» Tout comme Katia, plusieurs rangs derrière, et qui serait partie depuis bien longtemps si elle ne devait pas accompagner des amis anglais. «Je n’ai pas la patience pour ça», glisse-t-elle.

Un agent à terre, un autre giflé…

Ce mardi matin, l’agacement n’ira pas plus loin que ces moues contrariées. Cela n’a pas toujours été le cas. «La semaine dernière, un de mes collègues s’est retrouvé à terre, bousculé par un touriste qui voulait forcer le passage», indique un agent d’accueil du Petit Palais. «Auparavant, un autre avait été giflé», ajoute Hervé Pouteau, délégué CGT du personnel du Petit Palais. Les insultes aussi sont régulières et virent parfois au racisme. Un employé s’est ainsi vu traiter de «chinetoque».

Depuis l’ouverture de l’exposition, la CGT Paris Musées a recensé huit rapports d’incident transmis à la direction de Paris Musées, l’instance qui gère les quatorze musées de la ville de Paris. «Plus une plainte déposée au commissariat», ajoute Bertrand Pieri, du syndicat qui s’est depuis fendu d’un post sur son blog.

«Une exposition qui marche»

La direction du Petit Palais, elle, préfère calmer le jeu. «Le tract de la CGT me paraît excessif, explique Christophe Leribault, directeur du musée. Il n’y a eu que huit incivilités sur 160.000 visiteurs accueillis pour Paris 1900. A côté, nous avons reçu une multitude de lettres de remerciements pour la qualité de l’exposition et de l’accueil. Ça fait du bien de voir une exposition qui marche.»

Pourtant, d’autres expositions parisiennes ont connu un fort succès sans faire remonter autant d’incivilités. Mais le Petit Palais et l’exposition «Paris 1900» ont leurs particularités qui peuvent exaspérer les moins patients. La capacité d’accueil du musée d’abord. «Elle est limitée à 399 visiteurs en même temps, rappelle Christophe Leribault. Or avec 600 œuvres à voir, les touristes ont tendance à s’attarder à l’exposition. Ils y restent en moyenne deux heures.»

Des places coupe-file qui agacent

D’où des queues qui s’éternisent. Mais des aspects pourraient être améliorés dans l’accueil du public. La CGT Paris Musées déplore ainsi un quota de places à réserver trop important. «Celles-ci ont un effet coupe-file et l’entrée se fait au même endroit que les autres, précise Hervé Pouteau. Une personne qui attend depuis des heures peut ainsi voir une quarantaine de personnes lui passer sous le nez dans la file d’à-côté. C’est ainsi que les situations dégénèrent.»

La CGT demande aussi à ce que la mairie porte plainte après chaque agression, «comme le fait déjà Pôle Emploi, La Poste ou la SNCF», lance Bertrand Pieri. Une mesure que rejette pour l’instant le cabinet de Bruno Julliard, l’adjoint au maire de Paris en charge de la culture. «Mais nous incitons les employés agressés à le faire», précise un des proches collaborateurs de l’élu.