«T’inquiète pas, occupe-toi de la philo»

© 20 minutes

— 

La jeune fille avance, fébrile, au volant de sa 205. Face à elle, le lycée Jean-Jaurès de Montreuil et une soixantaine d’enseignants en grève, qui déploient leurs banderoles sur les grilles du bâtiment. Elle vient passer l’épreuve de philo du bac. Il ne reste que dix minutes avant la distribution des copies. Au bord des larmes, elle semble redouter que les grévistes l’empêchent d’accéder à la salle d’examen. Une des manifestantes se penche à sa portière : « T’inquiète pas, tu vas passer, occupe-toi de la philo. Tu vas même pouvoir te garer à l’intérieur. » Une poignée de policiers observe la scène. Ils n’auront pas à intervenir. Si une trentaine de professeurs du lycée n’ont pas répondu à la convocation qui les invitait à venir surveiller les épreuves, les 480 élèves qui planchaient dans l’établissement ont pu débuter normalement les épreuves du bac 2003. « On avait convoqué le maximum de professeurs », explique Michèle Amiel, le proviseur. Depuis le 29 avril, près de 40 % des profs de ce lycée, centre d’examen du secteur, sont en grève. « Et depuis le 29 avril, on répète que le mouvement continuera jusqu’à ce qu’on obtienne satisfaction, martèle l’un d’eux. On a demandé le report du bac au ministère, qu’il prenne ses responsabilités si les salles sont sans surveillant. » Passé l’instant de panique, les lycéens se montrent plutôt compréhensifs par rapport au mouvement. « C’est une génération inquiète pour son avenir, décode Catherine, venue accompagner son fils, élève en terminale ES. Le mien avait intégré depuis plusieurs jours le fait qu’il passerait peut-être le bac après l’été. » Grégory Magne

93 La Seine-Saint-Denis reste l’un des départements les plus mobilisés en Ile-de-France. Hier, des professeurs d’autres communes ont rejoint leurs collègues de Montreuil, qui s’étaient mobilisés à 75 %, le 13 mai.