Dans le 20e arrondissement, un ancien SDF joue les guides touristiques

REPORTAGE Selma Sardouk a lancé Alternative Urbaine. L’idée? Faire visiter le 20e arrondissement par des Parisiens en voie d’insertion. Premier volet de notre série pour découvrir Paris autrement...

Fabrice Pouliquen

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Vincent, guide touristique d'Alternative urbaine, fait découvrir à son public le passage des Soupirs dans le XXe arrondissement.
Vincent, guide touristique d'Alternative urbaine, fait découvrir à son public le passage des Soupirs dans le XXe arrondissement. — Fabrice Pouliquen / 20 Minutes

C’est une visite touristique qui prend son temps, qui laisse la place aux blancs et ose dire «je ne sais pas» à certaines questions. Vincent, le guide, s’autorise même régulièrement une cigarette entre deux explications. Et il prévient d’emblée: «Je débute dans le métier».

Il y a un an et demi, Vincent était à la rue et aujourd’hui encore ce Parisien de 39 ans vit dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale du 13e arrondissement. «Ce job a été un joli coup de pouce», concède-t-il. Il l’a décroché en février sur le site Internet de Pôle Emploi. Depuis, il est guide touristique chaque semaine du vendredi au dimanche et emmène les curieux à la découverte du 20e arrondissement. «Forcément, j’ai gagné en confiance», indique-t-il.

De la réinsertion par le tourisme

C’est Selma Sardouk, 25 ans, qui l’emploie. A peine finie ses études en tourisme solidaire, elle a lancé L'alternative urbaine, une entreprise qui emploie des personnes en difficulté sociale pour faire découvrir aux autres une ville dont ils ont tant battu le pavé. «Cela existe déjà à Londres ou à Berlin, précise Selma. Mais à Paris, il n’y avait rien de ce type».

Avant d’être lancé dans le grand bain, Vincent a suivi deux mois de formation, le temps de peaufiner un itinéraire et d’emmagasiner un maximum de connaissances. Désormais, le néo-guide connaît le quartier comme sa poche. Il a appris à l’aimer et ça se voit tout de suite dans sa visite. Vincent distille les anecdotes, passe habilement d’un siècle à l’autre, pose des devinettes et apprend à son auditoire à lever le bout du nez. Comme sur la place Gambetta, devant la mairie d’arrondissement. Vincent invite à s’intéresser à la fresque qui recouvre la mairie le temps de travaux et en particulier à la silhouette blanche tout en muscles qui y est dessinée. «C’est L’homme en blanc de Jérôme Mesnager, révèle Vincent. Il est devenu en quelque sorte le peintre officiel de l’arrondissement depuis le début des années 1990.» C’est vrai que cet Homme en blanc s’affiche un peu partout dans le quartier. Sur la devanture d’une boutique de la rue des Pyrénées, sur la porte d’un garage de la rue du Retrait, ou encore dans une grande fresque murale dans le bas de la rue Ménilmontant.

«Changer l’image du 20e»

Vincent parle aussi des fontaines de Belleville et du rôle prépondérant qu’a joué cette colline pour Paris, «autant pour approvisionner en eau la capitale que pour installer des canons à son sommet pendant la Commune de 1871.» Il évoque aussi le préfet Haussmann «qui rattacha Ménilmontant à Paris en 1860 seulement» et accorde une halte dans le Pavillon Carré de Baudouin, «qui fut l’une des nombreuses résidences de Madame de Pompadour, la favorite de Louis XV. On parlait alors du pavillon comme d’une folie puisque c’était là que la noblesse se retrouvait pour faire la fête.»

En deux heures de visite, il y a au final beaucoup de choses à apprendre du néo-guide. «Et de nombreux endroits à redécouvrir, note Paola, venue faire la visite ce vendredi midi. J’ai beau habiter le 20e arrondissement, je ne connaissais pas le passage des Soupirs.» Le pari est gagné pour Selma Sardouk, qui n’a pas choisi de se focaliser sur le 20e arrondissement par hasard. «C’est aussi le but d’Alternatives urbaines: donner un autre aperçu du 20e qui souffre d’une mauvaise image.»

Le 18e arrondissement à la rentrée

En septembre, Selma étendra son concept au 18e arrondissement, autre quartier où les guides touristiques vont peu. «Deux circuits sont en préparation et deux guides, toujours en voie d’insertion, sont en formation, précise-t-elle. Vincent, lui, arrêtera de jouer les guides en septembre pour intégrer une école d’éducateur.

Chez L’alternative urbaine, chacun donne ce qu’il veut

Cinq visites du XXe arrondissement sont proposées chaque semaine par L’alternative urbaine. Il y en a une les vendredis à 11h, et deux les samedis et dimanches à 11h et 15h. La balade dure en moyenne deux heures et démarre toujours place Gambetta en face de la mairie pour se terminer à Belleville. «Il n’y a pas besoin de réserver et chacun donne ce qu’il veut à l’issue de la visite», précise Selma Sardouk.

Toutes les infos sur le site internet de L’alternative urbaine.