Paris: Piquer une tête dans la Seine, c'est pour bientôt ?

ENVIRONNEMENT Si des pistes de réflexions sont ouvertes pour créer des zones de baignades dans le lac Daumesnil ou à la Villette, pour barboter dans la Seine, ça semble plus compliqué…

Fabrice Pouliquen

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Le triathlon de Paris avait au programme une partie natation dans la Seine en 2011 et 2012. Mais en 2013, l'épreuve avait été annulée en raison d'une qualité d'eau insuffisante. Et cette année, toujours pour le même problème, l'épreuve est devenue un Bike and run.
Le triathlon de Paris avait au programme une partie natation dans la Seine en 2011 et 2012. Mais en 2013, l'épreuve avait été annulée en raison d'une qualité d'eau insuffisante. Et cette année, toujours pour le même problème, l'épreuve est devenue un Bike and run. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

«Dans cinq ans, on pourra à nouveau se baigner dans la Seine. Et je serai le premier à le faire». Plus de vingt après cette sortie de Jacques Chirac, la Seine reste pourtant interdite aux baigneurs, privant ainsi Paris de sa première participation au Big Jump, dimanche. Cette manifestation, initiée en 2005 par European River Network et qui vise à reconquérir une bonne qualité d’eau des rivières et des fleuves européens, permettra pourtant à des milliers de nageurs de piquer une tête à Turin, Bruxelles, Munich ou encore Zurich… Mais pas dans la capitale française.

Certains secteurs de la Marne propres à la baignade?

Il faudra aller jusqu’à Saint-Maur-des Fossés (Val-de-Marne), pour avoir la possibilité de tremper ses pieds dans la Marne. «Pas plus, précise Aurélie Naud, ingénieur environnement au syndicat Marne-Vive, qui agit pour qu’on puisse de nouveau un jour plonger dans cet affluent de la Seine.

Mais à ce jour -et ce depuis 1970- la baignade est toujours interdite par arrêté préfectoral. Pourtant, l’idée n’est pas si farfelue: «Selon nos mesures, l’eau serait dans un état baignable sur certains secteurs de la Marne l’été, lorsqu’il ne pleut pas», poursuit Aurélie Naud. A Saint-Maur, notamment.

C’est que, pour être baignable, l’eau doit contenir moins de 330 unités d’entérocoques intestinaux et moins de 900 unités d’Escherichia coli (E. coli) par 100 ml, comme le fixe un arrêté europén. «Les entérocoques intestinaux et l’E. choli sont deux bactéries vivant dans les intestins des hommes et des animaux, détaille Yves Lévi, professeur à l’université de Paris sud et membre de l’Académie nationale de pharmacie. Si elles ne sont pas dangereuses en soi, elles sont en revanche de bons indicateurs de contamination fécale d’une eau.»

Précision de taille: «L’arrêté ne se base pas sur une valeur moyenne, mais un intervalle de confiance, précise Laurent Moulin, responsable R & D biologie à Eau de Paris. Il faut que 95 % des prélèvements sur les quatre dernières années soient sous les seuils.» Et pour la Seine, on n’y est pas! «En moyenne, en 2009, on était à 2.400 E. choli par 100ml d’eau et à 900 pour les entérocoques», reprend Laurent Moulin. Les risques? Une gastro-entérite pour les plus solides et des maladies plus graves pour les plus fragiles.

Nette amélioration depuis les années 1980

Ces résultats sont toutefois en nette amélioration par rapport aux années 1980, où la concentration d’E.Choli frisait avec les 100.000 unités pour 100ml d’eau dans la Seine. «Depuis le Service public de l’assainissement francilien (Siapp) a construit tout un réseau de stations d’épuration modernes en aval et en amont de Paris», explique Yves Lévi. «La pression des directives européennes et l’essor de l’écologie ont aussi beaucoup contribué à ces améliorations», note Aurélie Naud.

Il reste toutefois du chemin à parcourir avant de rendre la Marne ou la Seine propres à la baignade. Que ce soit dans la mise en conformité des réseaux d’assainissement, la gestion des fortes pluies ou le filtrage de l’eau à la sortie des stations d’épuration.

Des baignades plus plausibles au lac Daumesnil et à la Villette

Mais si les objectifs sont atteints un jour, il n’est pas sûr que les plongeons se fassent dans la foulée. «La question de la sécurité se pose aussi, rappelle Célia Blauel, adjointe au maire en charge de l’eau. Le trafic fluvial est trop important sur la Seine et ouvrir une zone de baignade en France engage la responsabilité de la collectivité.»

La mairie de Paris réfléchit plutôt à créer des zones de baignades au lac Daumesnil à Vincennes et sur le bassin de la Villette. «Des études sont en cours, annonce Célia Blauel. Le projet pourrait être concrétisé d’ici trois ou quatre ans.»