Réseau ferroviaire: D’autres Bretigny-sur-Orge à craindre en Île-de-France?

TRAIN Frédéric Cuvillier, secrétaire d’état au Transport, qualifiait le réseau ferroviaire français d’extrêmement délabré. En Ile-de-France, il existerait en effet plusieurs points noirs...

Fabrice Pouliquen

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Photo d'un train du réseau Transilien (RER), prise le 15 décembre 2010 en région parisienne
Photo d'un train du réseau Transilien (RER), prise le 15 décembre 2010 en région parisienne — Miguel Medina AFP

Cela fera un an samedi. Le 12 juillet 2013, le train intercités 3657 déraillait en entrant en gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne), faisant sept morts et des dizaines de blessés. Le rapport des experts judiciaires, publié dimanche soir, est accablant pour la SNCF et RFF (Réseau ferré de France), qui gère l’infrastructure ferroviaire en France. L’enquête a repéré «200 anomalies de divers degrés de criticités sur la voie incriminée».

>> Déraillement de Brétigny: Les experts ont remis leur conclusion

Des manquements aussi à Noisy-le-Sec

Surtout, Bretigny-sur-Orge ne serait pas le seul point noir francilien. Les experts judiciaires ont contrôlé trois autres gares de leur choix. A Epernay (Marne) et Juvisy-sur-Orge (Essonne), l’état du réseau a été jugé satisfaisant. Mais à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), septième gare d’Île-de-France en termes de fréquentation, les observations sont sévères. Plusieurs boulons manquaient ou étaient cassés sur un aiguillage et les rails jouaient trop ou ne se déformaient pas normalement. «La SNCF m’a assuré en début de semaine que les travaux avaient été faits dès février. J’en attends la preuve», indique à 20 Minutes Laurent Rivoire, le maire de Noisy-le-Sec.

D’autres Noisy-le-Sec sont-ils encore à découvrir en Ile-de-France? «La région, qui représente 10 % du réseau mais 50 % du trafic, est de très loin le réseau le plus délabré de France», estime en tout cas François Durovray, conseiller régional d’Île-de-France et administrateur du syndicat des transports d’Ile de France (Stif). «Le réseau a beaucoup vieilli et n’a pas été suffisamment renouvelé», ajoute Marc Pélissier, président de la section Ile-de France de la Fnaut (Fédération nationale des usagers de transports).

Le RER C à bout de souffle…

L’Audit du réseau ferroviaire d’Ile-de-France commandé par le Stif à Egis rail, entreprise d’ingénierie ferroviaire, pointait déjà cette vétusté en 2008. Il concluait à un réseau «correctement entretenu», mais qui «accuse d’ores et déjà un retard dans son programme de renouvellement, notamment en ce qui concerne les appareils de voies dont l’âge moyen va devenir de plus en plus préoccupant».

La ligne RER C est particulièrement concernée. En 2013, 3,6 millions de voyageurs ont été retardés à cause de la non-fiabilité du réseau, indique la SNCF dans son programme fiabilité Île-de-France 2014-2020. «225 km de caténaires sur 450 km de voies datent de 1930, six postes de signalisation mécanique ont plus de 50 ans, 22 % des traverses sont encore en bois et 37 % des aiguillages sont à remplacer», liste Laurette Farges, présidente de Circule, l’association des usagers de la ligne de RER C.

Gare Saint-Lazare et gare de Lyon, deux autres points noirs?

La gare Saint-Lazare aussi serait à bout de souffle selon Marc Pélissier. «Contrairement à Montparnasse ou à la gare du Nord, elle n’a pas profité de l’arrivée du TGV et du programme d’aménagements qui allait avec. Pourtant, les lignes J et L du transilien en auraient grand besoin.» Et que dire de la gare de Lyon? «C’est un autre gros point noir du réseau, assure François Durovray. Les installations souterraines datent de 1937. Plus généralement, il y a toujours des postes d’aiguillage manuels en Ile-de-France, un système archaïque en 2014.»

La gare Saint-Lazare et ses abords seraient un autre point noir du réseau ferroviaire francilien selon la Fnaut.

La Fnaut et François Durovray se rejoignent aussi sur un autre point: la différence d’entretien entre les lignes de chemins de fer d’Ile-de-France gérées par RATP (la ligne B du RER au sud de la gare du Nord et une partie de la ligne RER A) et celles gérées par la RFF (les autres). «Celles de la RFF sont nettement moins bien entretenues», observe François Durovray.

La SNCF et RFF ont toutefois affiché l’ambition d’accélérer la modernisation du réseau francilien. Notamment sur la ligne C sur laquelle 24 aiguillages seront modernisés en 2014. «Mais il y a tellement de retards à rattraper que ça ne pourra se faire qu’avec d’importantes perturbations sur le trafic dans les années à venir», regrette Laurette Farges.