Nouveaux marquages au sol: Un an après, les Parisiens toujours perplexes

CIRCULATION En juin 2013, Paris se dotait de 23 zones de rencontres et instaurait des marquages insolites pour signaler quand le piéton était prioritaire…

Fabrice Pouliquen

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Dans le bas de la rue du Faubourg-du-Temple, les rond-points en forme de pixels signalent l'entrée dans des zones de rencontre. Mais peu de Parisiens le savent.
Dans le bas de la rue du Faubourg-du-Temple, les rond-points en forme de pixels signalent l'entrée dans des zones de rencontre. Mais peu de Parisiens le savent. — Fabrice Pouliquen/20Minutes

«Non franchement, je ne vois pas! Peut-être est-ce juste un passage piéton version street-art?» Un an après leurs installations au sol, les passages piétons en forme de pixels dans le bas de la rue du Faubourg-du-Temple laissent les Parisiens perplexes. Que ce soit pour Audrey, qui habite à deux rues de là, ou pour Julie, qui samedi notait leur présence pour la première fois, ou même encore pour ces cyclistes belges, «agréablement surpris par cette touche artistique».

«D’ailleurs, c’est quoi une zone de rencontre?»

Mais ces marquages ne sont pas uniquement là pour faire joli. «Les gens ont tout de même compris qu’il s’agissait de passages piétons, indique Florian, le serveur du bar La Grisette qui donne sur la rue du Faubourg-du-Temple. Mais pas qu’ils signalaient aussi l’entrée dans une zone de rencontre. D’ailleurs, c’est quoi une zone de rencontre?» 

Bonne question! Paris a instauré 23 de ces zones en juin 2013 dans le cadre du programme «La rue en partage». «Il s'agit d'intermédiaires entre les zones 30 et les rues piétonnes, précise Christophe Najdovski, adjoint au maire de Paris en charge des transports, de la voirie et de l’espace public. Dans ces rues, le piéton est prioritaire et marche où il veut sur la chaussée. Les vélos peuvent circuler dans les deux sens et si la voiture est tolérée, elle doit rouler à 20 km/h.»

«Des marquages pas assez clairs»

Des panneaux carrés bleus, associant les pictogrammes d’un piéton, d’un vélo et d’une voiture ont déjà été postés à chaque entrée de ces zones de rencontre. Mais ils sont bien trop discrets. D’où l’idée de nouveaux marquages au sol pour renforcer le dispositif. «Nous avons fait l’étude, indique Hervé Judéaux, chargé de mission à la direction de la voirie et des déplacements de la ville de Paris. Les marquages au sol sont bien mieux vus des automobilistes. Mais il nous fallait une signalétique nouvelle qui se distingue de celle utilisée dans les rues à 50 km/h.» Cinq nouvelles familles de passages piétons ont ainsi été expérimentées depuis juin 2013: les portées, les rectangles, les clous, les lettres et les pixels.

Mais visiblement, la ville de Paris a été trop loin dans l’originalité. «Ce n’est pas clair», résume Florian. Ce qui est vrai rue du Faubourg-du temple l’est aussi quartier Saint-Blaise, dans le 20e arrondissement. Lui aussi à sa zone de rencontre depuis septembre. Cette fois-ci, ce ne sont pas des passages piétons qui ont été expérimentés mais des ronds peints sur la chaussée avec le chiffre 20 au centre et une ronde de petits bonhommes autour. «J’ai davantage pensé à un graff qu’à un marquage au sol censé indiquer une limitation de vitesse», indique une passante dans la rue Pierre-Bonnard qui vient tout juste d’emménager dans le quartier. Et le chiffre 20 seul semble faire référence à l’arrondissement dans lequel on se trouve.

Rue Florian, ce sont des ronds très graphiques qui indiquent qu’on roule ici à 20 km/h. Pas très clair non plus.

«Toujours autant klaxonné en zone de rencontre»

«Pourtant, cette zone de rencontre est une très bonne idée, estime Paula, une mère de famille qui habite le quartier. Ici, c’est plein de petites rues sinueuses et les enfants sont nombreux à jouer sur la chaussée.» Et depuis septembre, il n’y a pas beaucoup plus de voitures à rouler à 20 km/h. «La signalisation est trop discrète, déplore Paula. Surtout au carrefour des rues Florian et Bagnolet. C’est par là que les voitures entrent dans le quartier.» «Le quartier est pris comme raccourci par de nombreux automobilistes coincés dans les embouteillages de la rue de Bagnolet, observe-t-on à la Cyclofficine, un atelier de réparation de vélo coopératif situé dans la rue. Du coup, les voitures accélèrent et, en vélo, on se fait toujours autant klaxonner lorsqu’on remonte la rue en sens inverse. Ce qui nous est autorisé en zone de rencontre.»

Ce pointillé qui commence sur la chaussé et bifurque soudainement sur le trottoir est censé indiquer que dans cette rue le piéton peut traverser où bon lui semble.

Deux nouvelles zones cet été

A la ville de Paris, on reconnaît l’échec de ces marquages. «Mais ce qui est normal dans le cadre d’une expérimentation, rappelle Hervé Judéaux. Les Parisiens ont pu s’exprimer sur ces marquages et nous allons choisir les plus pertinents.»

De nouvelles zones de rencontre verront le jour cet été. Au minimum deux, «mais peut-être bien plus, poursuit Hervé Judéaux. Nous choisirons deux marquages: l’un pour les zones à 20 km/h, l’autre pour les zones à 30 km/h.» «Ils seront cette fois-ci plus explicites, plus visibles et connus de tous», promet Christophe Najdovski.

Le vocabulaire aussi devrait changer. Au terme «zone de rencontre», qui ne s’est pas imposé, il faudra désormais préférer «zone à priorité piétonne» ou «zone 20km/h».

>> Sur twitter, les internautes rivalisent d'humour pour trouver une explication aux passages piétons pixels de la rue Faubourg-du-Temple: