Nathalie Kosciusko-Morizet: «Ils ont dépensé sans compter et aujourd’hui c’est la gueule de bois»

POLITIQUE Nathalie Kosciusko-Morizet, présidente du groupe UMP au Conseil de Paris, fait le point sur les 100 premiers jours de la mandature…

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Paris, le 3 juillet 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet, prÈsidente du groupe UMP au Conseil de Paris,  fait le point sur les 100 premiers jours de la mandature d'Anne Hidalgo.
Paris, le 3 juillet 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet, prÈsidente du groupe UMP au Conseil de Paris, fait le point sur les 100 premiers jours de la mandature d'Anne Hidalgo. — O. Gabriel / 20 Minutes

La campagne municipale avait été rude entre les deux rivales. Ce début de mandature a gardé le parfum de pugnacité. Ce lundi et mardi, les conseillers de Paris se réunissent avant les vacances pour parler code de bonne conduite et pour pacifier un conseil de Paris pollué par des tweets rageurs et des attaques venant des deux camps. Cent jours après l’élection qui a signé sa défaite, Nathalie Kosciusko-Morizet, présidente du groupe UMP, tacle l’inaction de l’exécutif et un budget inadapté.

Comment voyez-vous ce début de mandature?

Elle commence par un découvert de 400 millions d’euros dans le budget. C’est un sujet qui choque les Parisiens et qui va peser lourd sur la mandature. Nous l’avions dénoncé pendant la campagne, mais la candidate socialiste avait nié. Elle est aujourd’hui obligée de le reconnaître. Ce découvert fait suite à deux mandats de dérives dans la gestion financière: 14.000 fonctionnaires en plus, les travaux des Halles deux trois fois plus chers que prévu, un milliard englouti dans les préemptions… Fallait-il vraiment acheter 21 millions d’euros un hôtel avenue George V pour en faire 26 logements? Ils ont dépensé sans compter, et aujourd’hui c’est la gueule de bois.

Selon vous quelles seraient les solutions pour combler ce trou?

Toutes les solutions avancées par l’exécutif se résument à la fuite en avant sur les recettes alors qu’il faudrait surtout faire des économies de gestion. On parle de céder du patrimoine pour combler un déficit de fonctionnement. Que fera-t-on l’année suivante? Il est question de louer à l’Etat des bâtiments aujourd’hui prêtés: selon la presse, cela ne rapporterait que 1,6 million par an. On est loin du compte. La municipalité prépare surtout une nouvelle augmentation des prélèvements, en dépit des promesses. Doublement du prix des PV, hausse du coût du stationnement et multiplication de la taxe sur le tourisme. On nous dit: on touche aux taxes, pas les impôts. La différence est subtile. Ce qui compte pour les Parisiens, c’est ce qui reste à la fin du mois.

Vous critiquez l’inaction de l’exécutif, pourtant sur le logement il y a plusieurs mesures, dont certaines votées par votre groupe…

Tout le monde est d’accord sur la transformation des bureaux vides en logement. Mais on en parle depuis des années et il faudrait le faire. Il y avait 6.000 constructions par an avant 2001, 3.000 par an depuis. On nous en promet aujourd’hui 10.000. Mais on ne s’en donne pas les moyens. La construction à Paris tient en une question: où construire? J’ai proposé de partir à la conquête de friches. Construire au-dessus des voies ferrées à Bercy Charenton, à Gare de l’Est, Gare du Nord, ou sur le périphérique recouvert. La municipalité s’y refuse et préfère densifier les quartiers existants. Je suis opposée aux tours à Paris. A New-York et Shanghai, elles sont magnifiques. Mais chaque ville doit trouver sa modernité.

Certains dossiers que vous avez portés pendant la campagne semblent pourtant séduire l’exécutif: le travail dominical, la ZAPA…

Malheureusement, ces propositions que je défends sont reprises dans le discours, mais pas dans les actes. On passe le conseil de Paris à écouter des communications de la maire, et il y a très peu de décisions opérationnelles. Par exemple, je suis pour l’extension des zones de travail le dimanche. On peut débloquer la situation, sur simple signature de la maire. Mais elle lance une mission d’information et d’évaluation, qui va prendre 6 mois, parce que les élus de gauche ne sont pas d’accord entre eux. Autre urgence, la pollution chronique. A cause d’elle, un Parisien perd 6 à 8 mois d’espérance de vie selon l’OMS. Dans le Grenelle, j’avais forgé un outil, la ZAPA qui permet d’interdire les véhicules les plus polluants. Cette mesure a été mise en place dans de nombreuses capitales. L’exécutif la refuse. Mais prendre des mesures d’urgence quand le pic est là, c’est trop tard.

Anne Hidalgo regrette vos critiques outrancières et propose de changer le règlement pour pacifier le conseil de Paris…

Les quelques incidents de séance ont été provoqués par les conseillers de gauche. Madame Hidalgo a dû retirer les insultes d’un de ses élus. C’est un pouvoir qui ne supporte pas la contestation. Le débat apaisé commence par l’écoute de l’autre.

Vous dites incarner une opposition d’action, comment se traduit-elle?

Nous avons proposé des avancées sur la lutte contre la pollution, consulté sur les rythmes scolaires et proposé une autre organisation, alerté sur les finances… C’est un combat quotidien, pour faire valoir nos convictions, et souvent le bon sens.