Allergies: «Paris est 26% au-dessus de la moyenne française de la consommation d’antiallergiques»

INTERVIEW Le plus étonnant, c’est que l’écart entre Paris et sa couronne est important. Et ce n'est pas forcément une histoire de pollution...

Fabrice Pouliquen

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Paris se classe à la sixième place des départements les plus consommateurs d'antiallergiques.Paris se classe à la sixième place des départements les plus consommateurs d'antiallergiques.
Paris se classe à la sixième place des départements les plus consommateurs d'antiallergiques.Paris se classe à la sixième place des départements les plus consommateurs d'antiallergiques. — LCHAM/SIPA

IMS Health, institut qui réalise des enquêtes statistiques dans le domaine de la santé, publie ce jeudi matin son enquête Antiallergiques et Territoires. L’étude passe au crible la consommation d’antiallergiques, département par département. Paris est le 6e plus grand consommateur de ces médicaments et est champion de France de l’automédication. Le point avec Dominique Perrot, directeur du développement à IMS Health.

Dans votre enquête, Paris se classe sixième des départements les plus consommateurs d’antiallergiques de France… Une position qui vous étonne?

Non, pas vraiment. L’enquête montre bien que les départements abritant les quatre plus grandes métropoles françaises sont aux premières places du classement. Les Bouches-du-Rhône sont deuxièmes par exemple. En revanche, ce qui est étonnant, c’est l’écart entre Paris et les départements voisins. Paris intramuros est 26% au-dessus de la moyenne française de la consommation d’antiallergiques, contre seulement 9% pour le Val-de-Marne, 10% pour l’Essonne. Les Yvelines sont pile dans la moyenne, tandis que les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis ou le Val-d’Oise sont en dessous, respectivement de 10%, 3% et 6%.

Comment expliquez-vous cette différence entre Paris et sa couronne?

Il faut bien se rendre compte qu’il y a plusieurs types d’allergènes. Certains sont d’origine végétale comme le bouleau, très présent en Île-de-France. Lui touche de la même manière Paris que sa couronne. Mais d’autres allergènes, comme les acariens, sont liés à notre mode de vie, à nos logements. Le fait de vivre dans un lieu fermé avec de la moquette et des fenêtres qu’on n’ouvre jamais expose bien plus à ces allergènes non naturels. Or à Paris, l’habitat est essentiellement composé de ces appartements que l’on peine à aérer. Ce n’est pas tant la présence d’un seul allergène, même si puissant, qui va aggraver la fréquence des allergies dans une région, mais bien l’exposition à un cocktail d’allergènes. Paris présente ce cocktail de substances irritantes.

La pollution de l’air aggrave-t-elle aussi le déclenchement des allergies?

L’impact de la pollution est certain pour certaines maladies comme l’asthme ou les bronchites. Concernant l’allergie, le rôle est nettement moins évident. Certes, la pollution, en entourant d’une couche de soufre certains pollens, les rend plus agressifs. Mais l’enquête montre que ça ne joue pas un rôle si déterminant dans la consommation d’antiallergiques. La preuve, c’est la Haute-Vienne qui est le département plus consommateur de ces médicaments dans notre classement. Et ce n’est bien sûr pas lié à la pollution. Le déclenchement de l’allergie est plus complexe et, encore une fois, lié à la présence dans l’environnement d’un cocktail d’allergènes, naturels comme non naturels.

Dans votre enquête l’ïle-de-France apparaît également comme la région championne de France de l’automédication… Comment l’expliquez-vous?

C’est surtout vrai à Paris qui a le record d’automédication en France. Les Parisiens sont 2,5 fois plus nombreux que la moyenne nationale à consommer des antiallergiques sans passer au préalable par un médecin. Pour être précis, ils sont 12% à Paris contre une moyenne nationale de 5%. Le niveau de vie, supérieur à Paris, est l’une des pistes d’explication, la prise du médicament sans ordonnance n’étant pas remboursée. Mais c’est aussi lié au niveau de sensibilisation. A Paris intramuros, on accède à des données très facilement. Les niveaux de risques sont même actualisés deux fois par jour.