Julien Rougé, la bouche du métro

PORTRAIT Son professeur lui avait demandé d'aller « dans une direction où on ne l'attendait pas ». Il a pris le chemin du métro et se produit à la station Franklin-D.-Roosevelt (8e) depuis qu'il a passé le concours de la RATP, en janvier. Julien R...

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Son professeur lui avait demandé d'aller « dans une direction où on ne l'attendait pas ». Il a pris le chemin du métro et se produit à la station Franklin-D.-Roosevelt (8e) depuis qu'il a passé le concours de la RATP, en janvier. Julien Rougé, 31 ans, et sa marionnette singe trouvée à Los Angeles sont « JR et Holiwood » plusieurs après-midi par semaine. Il est le premier ventriloque accrédité pour jouer dans le métro parisien. Une passion qui l'a pris il y a deux ans, alors qu'il était le régisseur de Christian Gabriel, un ventriloque professionnel. Celui-ci lui a appris les bases, mais Julien Rougé voulait « s'entraîner dans des conditions extrêmes », car « si à terme je veux tenir un spectacle d'une heure et demie, il faut que je puisse jouer trois heures. C'est comme un sportif. » Un challenge difficile, car son public, pressé, est loin d'être acquis. Impossible de tenir un numéro dans ces conditions. « C'est plus de l'animation », avoue t-il.

Posté dans le tunnel qui relie deux lignes de métro, il apostrophe les voyageurs, fait des remarques sur leur style vestimentaire. « Toi aussi, tu as un singe dans ton sac ? », demande-t-il à une femme qui traîne une valise. Avant de lancer un « bonjour Père Noël » à un monsieur qui porte une longue barbe blanche. Un jeune homme arborant le maillot de l'équipe de football italienne écope, lui, d'un « Salut Materazzi, ça va ? » Il provoque le sourire chez la plupart de ses victimes. « On peut sortir une blague moyennement drôle. Si c'est la marionnette qui le dit, les gens se marrent », témoigne- t-il. « Certains veulent la toucher. J'accepte si je vois que c'est fait avec gentillesse. » D'autres, plus farouches, « longent le mur, pour que je ne les embête pas ». Et des petits enfants s'arrêtent, mi-émerveillés, mi-inquiets. Parfois, il distribue quelques cartes de visite, car il n'est « pas là pour l'argent, mais pour [se] faire connaître ». « Je débute, mais je peux faire des anniversaires », assure-t-il. Et lorsqu'il sera un peu plus rodé, ses amis ventriloques lui ont promis de venir jouer avec lui, le temps d'un numéro. « Ca va être dur de montrer mon travail à des pros », s'inquiète-t-il. Mais ce ventriloque ne manque pas d'air.

Magali Gruet

Christian Gabriel, ventriloque, son professeur: «C'est une idée géniale de jouer dans le métro, mais ça demande beaucoup de courage. Je ne sais pas si j'aurais pu le faire. S'il arrive à accrocher les gens, ce sera une vraie victoire. Ça va lui permettre de faire de gros progrès en très peu de temps.» Marie-Anne, habituée de la station Franklin-D.-Roosevelt: «Je l'avais déjà repéré, car je passe ici tous les jours. Les voyageurs s'arrêtent peu, mais il les fait systématiquement sourire. Ça demande sûrement une grande confiance en soi pour s'exposer ainsi à des « spectateurs » qui ne sont pas venus pour vous voir.»