La lutte anti urine sauvage s’organise à Paris

PROPRETE Alors que la saison des pique-niques bat son plein, la Mairie de Paris réfléchit à des pistes pour éviter que la ville ne se transforme en pot de chambre…

Oihana Gabriel

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Illustration d'un urinoir installé sur le bassin de la Villette en 2011.
Illustration d'un urinoir installé sur le bassin de la Villette en 2011. — Eric Bony

Avec l’été, les parcs, canaux et autres ponts se couvrent de pique-niqueurs. Qui se transforment parfois en pisseurs sauvages. Des effluves pestilentiels embaument ainsi les berges de Seine bondées.

600 sanisettes d’ici 2020

Une dizaine d’urinoirs mobiles ont fait leur apparition depuis quelques années. Pas vraiment efficace côté puanteur. «C’est bien gentil et pratique, mais on répond aux besoins seulement d’une moitié de la population, juge Mao Peninou, adjoint en charge de la Propreté. Et au niveau esthétique, ils n’ont pas leur place au Trocadéro ou sur la butte Montmartre.» Les 400 sanisettes, gratuites depuis février 2006, accueillent, elles, tous les publics, y compris les personnes handicapées. «Nous avons comme objectif d’arriver à 600 sanisettes d’ici six ans, garantit Mao Péninou. Mais les occupations sont compliquées à trouver car elles prennent beaucoup d’espace sur les trottoirs et nécessitent un raccordement aux égouts.»

>> Retrouvez la carte des 400 sanisettes à Paris

Valoriser les urines pour des engrais

Entre l’ultra mobile moche et la cabine coûteuse mais pour tous, la Mairie de Paris travaille à trouver d’autres solutions. «On s’inspire notamment d’Amsterdam, où des urinoirs sont installés uniquement la nuit», reprend l’adjoint. Histoire d’éviter que les réserves ne cuisent au soleil, embaumant les environs. «On réfléchit également à une valorisation des urines, qui comportent de l’azote utile pour des engrais.» Dans le 18e, lors de la fête des vendanges, seize toilettes sèches (14 mixtes et 2 handicapées) ont été mises à disposition en 2013 dans de petites baraques. Propre, écolo, cette solution peut être envisagée pour des événements ponctuels.

Une amende qui devrait passer de 35 à 68 euros

Mais au-delà de mettre à disposition des lieux où se soulager, la Mairie fait aussi la chasse à l’urine sauvage. «Vous trouvez toujours des Parisiens uriner sur les sanisettes et non dans les toilettes…», regrette Mao Peninou. Alors pour les inattentifs ou éméchés, des petits murets inclinés en métal adossés au mur renvoient l’urine vers les chaussures du coupable… «Nous avons lancé une campagne de sensibilisation l’été dernier avec des affiches et des sous-bocks. Mais nous avons aussi renforcé la brigade des incivilités, qui est passée de 86 à 96 agents en septembre dernier.» En 2013, ces agents ont verbalisé deux fois plus de personnes pour épanchement d’urine qu’en 2012. Et la Mairie espère décourager les pisseurs de rue en augmentant le risque pécuniaire. «Nous souhaitons que l’amende, aujourd’hui de 2e classe, s’élevant à 35 euros, passe à 68 euros, annonce Mao Peninou. Nous avons saisi le gouvernement, qui n’a aucune opposition de principe. On attend l’arrêté dans les mois qui arrivent.»

Verdure et art contre pipi sauvage

«On a constaté que le phénomène s’aggrave ces dernières années et il nous faut trouver des solutions autres que la verbalisation, même si c’est essentiel, ajoute Eric Lejoindre, maire socialiste du 18e arrondissement. On souhaite installer des murs végétaux ou une occupation artistique là où les personnes urinent. On a fait un test à La Goutte d’Or et les gens respectent l’œuvre et ne pissent pas dessus.»

Le maire du 18e appelle de ses vœux une campagne d’éducation. «Il faut rappeler que c’est interdit et une véritable pollution! La mairie veut être en pointe dans ce combat pour qu’on avance sur ce sujet très irritant.» Et l’adjoint à la Propreté de compléter: «Quand les Parisiens ont regardé de travers ceux qui ne ramassaient pas la crotte de leur chien, les choses ont changé.»

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Neuf sites visés par le plan propreté

Pour éviter que les Parisiens se soulagent n’importe où et ne recouvrent les pelouses de déchets, la Mairie a lancé un plan propreté pointant neuf sites festifs: le quai de la Tournelle et les quais de l’Ile Saint Louis, la Passerelle des arts, le Champ de Mars, l’esplanade du Trocadéro, le Canal Saint Martin, la Butte Montmartre, le Bassin de la Villette, la Place de la République et les Berges de Seine. Des opérations de nettoyage y seront ajoutées et des sacs en papier kraft distribués aux pique-niqueurs.