Travail dominical: «C’est une trahison de plus de la part du gouvernement»,

MANIFESTATION Ce mardi, des salariés des Galeries Lafayette et du Printemps ont protesté, rue de Provence (9e), contre les récentes déclarations de Laurent Fabius sur le travail dominical…

Raphaël Couderc

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Manifestation devant le Printemps à Paris (9e), le 24 juin 2014
Manifestation devant le Printemps à Paris (9e), le 24 juin 2014 — R.COUDERC/20MINUTES

«La seule façon pour Fabius de faire de la croissance, c’est de faire les poches des touristes!» Karl Ghazi, porte-parole de la CGT commerce et services, use de son mégaphone, ce mardi rue de Provence (9e). Avec une centaine de manifestants, ils ont décidé de se mobiliser pour protester contre les déclarations du ministre des Affaires étrangères et du tourisme, jeudi dernier.

Laurent Fabius avait alors esquissé la volonté du gouvernement de transformer le boulevard Haussmann -et ses nombreux grands magasins- en zone touristique. Ce qui obligerait, dès octobre, les salariés des grands magasins à travailler le dimanche, sans compensation salariale.

De quoi agacer Karl Ghazi. C’est «une trahison de plus de la part du gouvernement», qui délaisse les salariés et accède à une «vieille revendication du patronat», estime-t-il. En 2010 déjà, une ouverture dominicale avait été envisagée dans le quartier. Mais à l’époque, la mairie de Paris et celle du 9e (PS) avaient alors accédé aux demandes des salariés et des riverains, en refusant de faire passer le Boulevard Haussmann en zone touristique.

«Une étape de plus vers la généralisation du travail le dimanche»

Cette fois, selon l’argument du ministre, l’ouverture dominicale devrait permettre à la capitale de gagner en attractivité touristique, tout en créant 500.000 nouveaux emplois. Mais selon Karl Ghazi: «Paris possède déjà sept zones touristiques et les touristes n’ont pas nécessairement besoin du boulevard Haussmann pour consommer le dimanche.»

Dans le cortège, composé de nombreux syndicalistes, on dénonce surtout un cadeau fait au patronat. Et «une étape de plus vers la généralisation du travail le dimanche», lance Karl Ghazi. Avec le risque d’une propagation, notamment rive gauche, où se trouve le Bon Marché. Stéphanie, délégué syndicale CFDT et salariée du magasin, redoute d’ailleurs cette idée. «Nous allons être un dommage collatéral, estime-t-elle. Bientôt, ce sera au tour d’autres quartiers de devenir zones touristiques.»

Et contrairement aux prévisions du gouvernement, la manifestante reste sceptique sur l’intérêt économique: «Aucune étude n’a prouvé que cela allait créer de l’emploi. Certaines, notamment celle de l’OFCE (observatoire français des conjonctures économiques) affirment que cela va même en détruire», prévient-elle. Pour elle c’est sûr, «la part du PIB lié au tourisme est infime» et les touristes ne dépenseront pas plus mais sur une période plus étalée.

Un choix de société

Avec cette nouvelle zone touristique, les commerces pourront également fermer plus tard: 20h30 au lieu de 20h actuellement. Mais du côté des salariés, ouvrir plus tard en semaine n’aurait aucun impacte. «A partir de 19h le soir, je fais des sudokus», témoigne en effet une démonstratrice du Printemps.

Au-delà des interrogations économiques, le débat du travail le dimanche se place aussi sur un plan sociétal comme le montre Marie-Claude, une salariée depuis plus de vingt ans aux galeries Lafayette: «On a nos familles, nos activités le dimanche. Avec cette réforme, je ne pourrai plus voir mes enfants le dimanche.» Plus loin dans le cortège, un autre confie: «J’ai retenu la phrase d’un député qui a dit un jour: il y a six jours pour avoir et un jour pour être… Tout dépend du type de société vers lequel on souhaite aller.»