Pour les riverains, les problèmes de crack dans le 19e sont un «éternel recommencement»

DROGUE Les habitants de la cité Reverdy (19e) sont partagés entre soulagement et résignation à la suite de la vaste opération anti-crack ce lundi matin…

Raphaël Couderc

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Rue Pierre Reverdy, le 23 juin 2014
Rue Pierre Reverdy, le 23 juin 2014 — R.COUDERC/20MINUTES
«On ramasse des dizaines de seringues sur les quais au petit matin, avec la crainte d’attraper une maladie», explique un agent de la propreté de la mairie de Paris croisé aux abords de la cité Reverdy (19e). Dans ce quartier, qui abritait depuis plusieurs années une entreprise familiale de production de crack, un vaste coup de filet ce lundi matin a permis d’arrêter une trentaine de personnes.
 
«J’ai été surprise de voir autant de policiers débarquer d’un coup», confie Marie-Jo. En arrivant à son local de la CFDT rue Reverdy, cette déléguée syndicale, qui ne vit pas dans le 19e, découvre 160 policiers en pleine action. Pourtant, de jour, le quartier n’effraie pas Marie-Jo: «Les jeunes vont déjeuner sur les quais du canal St Martin, il y a une école juste à côté, la journée tout est très calme.» C'est la nuit que le quartier change de visage.

Les toxicomanes dans la ligne de mire

Les habitants semblent soulagés par le coup de filet. Le démantèlement du réseau doit permettre au quartier d’être débarrassé des toxicomanes, qui errent souvent autour du bassin de la Villette. Cette population pose des problèmes d’insécurité depuis longtemps dans cette zone. Les habitants pointent du doigt les délits, comme les vols à la tire, la prostitution et la dégradation de biens publics, qui seraient liés à la consommation de la «drogue du pauvre».

Le cercle vicieux de l’insécurité

Au-delà du soulagement, c'est un sentiment de résignation qui se dégage surtout dans le quartier. Un autre riverain estime, lui, que cette opération n’aura pas d’impact sur la qualité de vie du quartier. «Les toxicomanes sont là depuis plus de vingt ans, ils se déplaceront peut-être de quelques rues mais il y aura de nouveaux dealers dans un mois… C’est un éternel recommencement. Dans le 19e arrondissement, il y a toujours des petits trafics comme ça. Dès qu’un réseau est démantelé, un autre s’installe 100m plus loin.» La mairie du 19e a d’ailleurs salué cette spectaculaire opération, tout en assurant que la prévention doit accompagner la répression: «Il est également nécessaire d’intensifier l’accompagnement sanitaire des toxicomanes afin d’éviter le report rapide de cette scène de crack et sa reconstitution sur le territoire», plaide le maire, François Dagnaud (PS).
 
Et le climat de peur reste tangible ce lundi matin aux abords du canal Saint-Martin. «C’est dangereux dans ce quartier de poser des questions ou d’y répondre, les gens ont peur des représailles et ne veulent pas parler», témoigne un riverain. De nombreuses personnes interrogées n’ont d’ailleurs pas souhaité répondre à nos questions.