Le travail de l'ombre de la justice des mineurs

BOBIGNY Le tribunal pour enfants de Seine-Saint-Denis, cible récurrente de Nicolas Sarkozy pour son supposé «laxisme», a ouvert ses portes à «20 Minutes»

©2006 20 minutes

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Des magistrats « démissionnaires », dont le « laxisme » donnerait aux délinquants mineurs un « sentiment d'impunité » ; une justice trop lente à rendre ses décisions ; un taux d'incarcération trop faible ... Le tribunal pour enfants de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le plus important de France, est accusé de tous les maux, surtout par Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et candidat à l'Elysée. En octobre dernier, il l'avait violemment critiqué en s'appuyant sur un courrier du préfet de Seine-Saint-Denis. Stigmatisés, les juges refusent toutefois de considérer la détention comme un « indice de performance de la justice ». Ils expliquent qu'un mineur ne peut être jugé dans la précipitation. Et soulignent que leurs décisions ne peuvent être efficaces que si les moyens nécessaires sont attribués, afin qu'un jeune n'ait pas à attendre huit mois pour rencontrer un éducateur. Aujourd'hui, alors que cette justice des enfants est un enjeu de la campagne présidentielle, 20 minutes a voulu comprendre le travail du tribunal de Bobigny. Pas pour le juger, mais pour l'expliquer, à travers le quotidien des magistrats, des éducateurs, et de tous ceux qui y travaillent. Pour cela, nous avons reçu l'autorisation exceptionnelle d'assister, avec l'accord des mineurs et des familles concernées (en respectant leur anonymat), aux différentes étapes de cette justice : depuis l'appel téléphonique passé par un commissariat pour signaler une infraction, jusqu'à la peine prononcée. Comment protéger la société de ces jeunes délinquants ? Comment les réinsérer pour que leurs soixante prochaines années ne soient pas une succession de délits et d'emprisonnements ? Le juge passe environ 80 % de son temps à aider des jeunes dont la situation difficile lui a été signalée. Les 20 % restants concernent l'aspect pénal, répressif : y a-t-il eu une infraction ? Si oui, comment faut-il y répondre ? Notre attention s'est surtout portée sur ce dernier aspect, le plus polémique. Et bien sûr sur les cas les plus lourds, même s'ils ne sont pas toujours représentatifs : environ 80 % des jeunes passés par le tribunal n'y reviennent jamais.

M. H.