Paris: Des dispositifs anti-SDF qui «mettent mal à l’aise»

SOCIETE Une polémique, née à Londres cette semaine, remet un coup de projecteur sur ce mobilier urbain qui fleurit à Paris…

Guillaume de La Bourdonnaye

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Des pics anti-sdf, installés devant une banque parisienne à Paris (2e), le 11 juin 2014.
Des pics anti-sdf, installés devant une banque parisienne à Paris (2e), le 11 juin 2014. — G. de la Bourdonnaye/20 minutes

«C’est contre les pigeons?» Angélique n’en revient pas, alors qu’elle découvre les pics installés devant cette banque parisienne (2ème arrondissement de Paris). La jeune femme a du mal à croire qu’ils ont été mis là pour éloigner les SDF. Un autre passant a lieu aussi un peu de mal à comprendre. «Nous sommes dans une société où ce n’est pas acceptable d’avoir ce genre de choses. Dans un pays riche comme la France, ça fait bizarre de voir un tel truc de fakir en pleine rue», lâche Vincent.

Et pourtant, le phénomène n’est pas nouveau. Présent à Paris depuis une dizaine d’années, ce type de mobilier urbain servant à faire fuir les sans-abri vient de se rappeler aux bons souvenirs des passants alors qu’il, depuis une semaine, est au cœur d’une polémique venue de Londres, en Angleterre.

«C’est assez choquant»

Si ces pratiques ont fait réagir sur Facebook et Twitter, où de nombreuses photos ont été publiées, elles sont également dénoncées en France par des associations comme la fondation Abbé Pierre. «C’est assez choquant, au lieu de chercher des solutions pour lutter contre la pauvreté, on est dans l’illusion de se débarrasser de ces personnes qui n’ont pas d’autres logements, il y a une forme d’hypocrisie», dénonce Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation. Avec Emmaüs, ils ont lancé en octobre dernier une campagne d’interpellation.

 

 

Visant à lutter contre la stigmatisation des pauvres et de la pauvreté, cette opération tenait également à responsabiliser les maires, qui avaient mis en place des arrêtés pénalisant la mendicité ou le glanage par exemple. Mais pour Christophe Robert: «On se trompe de problème, c’est presque inhumain et très inquiétant. On se doit de sensibiliser les acteurs et adopter une posture pédagogique».

La Mairie de Paris mobilisée

Du côté de la municipalité parisienne, si on explique n’avoir «aucune influence juridique sur ces pratiques», on détaille que «seul le législateur peut intervenir pour les interdire.» Déplorant ces tendances, Dominique Versini, adjointe à la Mairie de Paris en charge de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion, invite pourtant à «aller de l’avant». Alors que la nouvelle maire Anne Hidalgo avait fait de la lutte contre la grande exclusion la cause principale de la mandature, son adjointe insiste: «Il vaut mieux trouver du travail pour les SDF et les héberger, que d’installer ce genre de dispositifs».

Mais pour Angélique et Antoine, en vacances à Paris, le système parisien serait plus agressif que ceux qu’ils connaissent à Nice. Et si d’après-eux le but reste le même: «mettre les passants mal à l’aise», à Nice il a simplement permis de «déplacer le problème dans les rues adjacentes».