Les agriculteurs franciliens se mettent au 2.0

AGRICULTURE Le monde agricole se sert de plus en plus des réseaux sociaux pour s’informer et faire connaître leurs opinions…

Oihana Gabriel

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Arnaud Rousseau, agriculteur, président de la FDSEA de Seine-et-Marne et adepte de Twitter.
Arnaud Rousseau, agriculteur, président de la FDSEA de Seine-et-Marne et adepte de Twitter. — A. Rousseau

Le fermier connecté, une exception? Alors que la France va à nouveau se passionner pour la vie à la campagne avec la saison 9 de «L’amour est dans le pré», 20 Minutes se penche sur les transformations de ce monde en phase avec la révolution numérique. Selon une étude BVA en 2013, sept agriculteurs sur dix se servent d’Internet chaque jour pour leur travail. Et petit à petit, les agriculteurs franciliens bourgeonnent sur les réseaux sociaux.

«Pour expliquer ce qu’est mon métier»

«Moi je passe entre une demi-heure et une heure sur twitter», assure Arnaud Rousseau, un agriculteur de Seine-et-Marne. En plus de s’occuper de ses 285 hectares de blé, betterave, colza et maïs, ce quarantenaire pianote sur son smartphone pour donner et prendre des nouvelles du monde agricole.

«C’est un outil pédagogique pour expliquer ce qu’est mon métier, explique ce twittos et président de la FDSEA de Seine-et-Marne. Mes tweets vont de la pluviométrie à l’analyse économique. Ecrire en 140 signes, ça oblige à être précis. Et quand François Hollande annonce une décision touchant à l’agriculture, on peut être au milieu de nulle part et on a l’impression d’être au pied du podium.»

Tweeter sur son tracteur, Arnaud Rousseau maîtrise. «C’est facile depuis que les tracteurs sont équipés de GPS, le guidage automatique vous laisse les mains libres!»

Si tous les agriculteurs franciliens ne sont pas aussi adeptes du 2.0, ils se sont familiarisés avec le numérique. «La technologie fait partie de l’agriculture, reprend Arnaud Rousseau. Nous avons tous un smartphone pour consulter les applications sur la météo, le prix de céréales, les aides européennes, les réglementations. Par exemple, grâce à une application sur le déplacement des nuages, je sais s’il va pleuvoir au quart d’heure près. La vraie limite, c’est le développement du réseau. Par exemple quand je conduis jusqu’à Melun, je connais par cœur les endroits où je ne capte plus… ce qui m’amène à jurer à chaque fois!»

Des formations proposées aux agriculteurs

La FDSEA Ile-de-France communique sur sa page facebook sur des événements festifs, comme la nuit verte au Trocadéro, mais aussi pour des rendez-vous militants, comme le blocus de Paris en mars dernier. Si l’intérêt des réseaux sociaux semble évident pour certains, devenir agriculteur 2.0 s’apprend. Depuis quelques mois, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et la chambre d’agriculture d’Ile-de-France mettent à disposition des agriculteurs des formations aux réseaux sociaux. Partager des recettes, vanter la qualité de ses asperges… et éviter de mélanger professionnel et personnel. «Un collègue avait posté sur facebook des photos d’une soirée olé-olé et le lendemain il interpellait le ministre», raconte Christophe Hillairet, agriculteur à Ablis (Yvelines) et président de la Chambre d’agriculture interdépartementale.

Peser sur les décisions qui les concerne

Il estime qu’environ 10 à 15 % des agriculteurs franciliens sont présents sur les réseaux sociaux. Lui utilise twitter pour faire une revue de presse sur le monde agricole. Mais aussi pour se faire entendre. «Environ un tiers de mes abonnés travaillent dans ce milieu, un autre s’intéresse au monde agricole et le dernier tiers est formé par des leaders d’opinion. Il arrive régulièrement que Valérie Pécresse (UMP) ou Jean-Paul (PS) Huchon, président de la région Ile-de-France, réagissent à mes tweets. En mars par exemple, avec cinq autres responsables du monde agricole, très suivis sur twitter, nous avons critiqué la baisse du soutien financier de la région. Dans la demi-heure, la vice-présidente chargée du dossier nous appelait. Twitter, c’est pour moi, comme pour les politiques, un outil à moindres frais pour faire passer des opinions.»

Et les réseaux sociaux peuvent aussi servir à séduire une communauté d’acheteurs. «Certains font la promotion de leurs produits ou alertent sur l’ouverture de leur ferme tel week-end», souligne Christophe Hillairet. Mais aucun de ces deux agriculteurs twittos ne croit à l’utilisation des réseaux sociaux pour vendre leur récolte.

Des «felfies» pour les «ageekulteurs»

Et ces agriculteurs 2.0 ont gagné leurs néologismes. Ainsi, certains accros aux tweets sont baptisés «ageekulteurs» et se mettent aux «felfies» (pour «farmer selfies»), des photos d’eux posant avec leurs poulains et autres poulets.  «J’ai pris une photo l’hiver dernier de mon tracteur déneigeant la route en pleine nuit», explique Christophe Hillairet. Mais pour Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, qui a suivi une formation aux réseaux sociaux, cette mode sur «felfies», venue d’Irlande n’a pas vraiment pris en France.