La Seine-Saint-Denis peut-elle encore lutter contre la tuberculose?

SANTE Le président de ce département, le plus touché par la tuberculose, s’inquiète de voir la suppression d’une dotation…

Oihana Gabriel

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Le président de la Seine-Saint-Denis interpelle la ministre de la Santé pour que son département ne perde pas une dotation pour lutter contre la tuberculose.
Le président de la Seine-Saint-Denis interpelle la ministre de la Santé pour que son département ne perde pas une dotation pour lutter contre la tuberculose. — WITT/SIPA

«L’Etat ne peut pas sacrifier la santé des habitants sur l’autel de la rigueur.» Stéphane Troussel (PS), président de la Seine-Saint-Denis, tire la sonnette d’alarme. La cause de sa colère? Une baisse des moyens financiers pour lutter contre la tuberculose dans le département le plus pauvre de France.

Un taux quatre fois plus élevé que la moyenne nationale

Le département a choisi en 2005 de garder sa compétence en matière de lutte contre les maladies infectieuses. Mais l’assurance maladie a annoncé qu’elle renonçait à verser la dotation de 1,56 million d’euros par an. Inadmissible pour Stéphane Troussel. En décembre dernier, il alerte par courrier un courrier la ministre de la Santé. Un second la semaine dernière. Sans réponse pour le moment de Marisol Touraine. «Il ne faut pas que les inégalités de santé se surajoutent aux inégalités sociales, plaide l’élu. La recrudescence de la tuberculose est révélatrice de la pauvreté de la population.» Lui assure que si la dotation était supprimée, il rendrait à l’Etat cette compétence en matière de lutte contre les maladies infectieuses.

>> Retrouvez notre interview du responsable du centre de dépistage d’Aubervilliers

En septembre 2011, cette maladie considérée comme un fléau des pays en voie de développement avait refait la une: une opération de dépistage inédite était menée auprès de 5.000 habitants de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Aujourd’hui encore, le nombre de malades de la tuberculose dans ce département est quatre fois plus élevé que la moyenne nationale.

Un constat alarmant que Christophe Debeugny, chef du service de la prévention et des actions sanitaires dans le 93, explique par trois facteurs. «C’est une terre d’accueil, or 70 % à 80 % des malades en France sont nés ou ont vécu dans des pays où la maladie sévit. La deuxième explication est sociale: les conditions de vie dégradées notamment dans des campements, des logements insalubres multiplient les risques. Ce n’est pas le milieu social qui crée la tuberculose, mais il aggrave la contamination. Enfin, le département cumule le plus de besoin de soins et le moins d’offres. «Certaines personnes n’ont pas accès à la médecine de proximité, or un retard de diagnostic, c’est davantage de personnes contaminées».

Une légère diminution depuis deux ans

La réelle mission du département consiste à dépister les personnes infectées qui n’ont pas développé la maladie. Il suffit qu’un malade tousse, éternue ou crache pour cette maladie se propage. «Le symptôme, une toux, est tellement banal qu’on ne s’inquiète pas, reprend le docteur Debeugny. On reçoit dans les six centres du département entre 400 et 450 patients malades de la tuberculose. Pour une personne malade, nous devons repérer dans son entourage d’éventuels contaminés pour couper le cycle de la maladie. Cela ressemble à des enquêtes policières!»

Mais après une stabilité, la maladie perd lentement du terrain. «La tendance à la diminution justifie qu’on maintienne les moyens», assure Christophe Debeugny. Pour lui, le département a développé depuis trente ans une compétence pour organiser des actions de vaccination, de dépistage sur le terrain, de prévention. «Pour ce genre de maladie, il est cohérent d’associer des actions sanitaires et sociales. Un travail de fonds sur l’amélioration des conditions de vie, la lutte contre les marchands de sommeil, les soins dans les squats, participe de la lutte contre la tuberculose.» Contacté, le ministère de la Santé n’a pas répondu à notre demande.