Tuberculose en Seine-Saint-Denis: «C’est une maladie connotée, on a peur que ça se sache»

SANTE Le directeur du centre de dépistage d'Aubervilliers explique comment au quotidien le département le plus touché par la tuberculose lutte contre cette maladie très contagieuse...

Oihana Gabriel

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Le Centre de dépistage d'Aubervilliers a identifié 1.500 personnes susceptibles d'avoir contracté la tuberculose en 2012.
Le Centre de dépistage d'Aubervilliers a identifié 1.500 personnes susceptibles d'avoir contracté la tuberculose en 2012. — O. Gabriel/ 20 Minutes

Sur les affiches aux murs, Mimie Mathy et les joueurs du XV de France alertent sur le sida entre quelques traditionnels rubans rouges. Pourtant, dans le petit centre de dépistage et de prévention sanitaire, rue Sadi Carnot à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), 70 à 80 % du travail concerne une maladie dont on parle beaucoup moins: la tuberculose. Alors que le 93 se bat pour sauver une dotation qui permet de lutter contre la tuberculose, Youcef Mouhoub, le responsable du centre, raconte comment le personnel médical mène cette prévention au quotidien.

Votre mission consiste à dépister et non à soigner. Comment travaillez-vous?

L’hôpital signale qu’un habitant du département est atteint de la tuberculose. L’agence régionale de santé alerte alors un de ces six centres départementaux en fonction du domicile du patient. On déclenche une enquête pour déterminer les personnes -famille, collègues, camarades- en contact sur les trois derniers mois avec le malade. Nous prévenons par courrier ces personnes qu’elles doivent venir au centre pour subir deux tests: un tubertest (qui permet de voir si le patient héberge le bacille de Koch) et une radio des poumons. Il faut savoir que les 2/3 de l’humanité ont une infection latente de la tuberculose, mais seulement 10 % de ces personnes développeront la maladie. En général, on détecte au centre des personnes infectées, mais pas encore malades. Et c’est notre mission de casser la chaîne de contamination.

Comment se déroule le traitement?

Tout est gratuit. Pour un patient qui a le bacille, il devra prendre pendant trois mois un cocktail d’antibiotiques à jeun. Pour des personnes qui vivent à la rue, c’est compliqué. C’est pourquoi nous avons une assistante sociale dans nos locaux, qui aide de façon plus globale. D’autre part nous faisons un suivi médical, la personne revient tous les mois pour vérifier que le traitement ne provoque pas des dérèglements hépatiques.

Combien de personnes recevez-vous chaque année?

En 2012, nous avons eu pour ce centre 180 signalements, nous avons identifié 1.500 personnes dont environ 1.200 dont venues au centre. Mais nous organisons des consultations sur le terrain, environ une dizaine par an dans le milieu scolaire et une dizaine en entreprise.

Quels sont les obstacles que vous rencontrez?

La difficulté, c’est d’obtenir l’adhésion des personnes. Elles ne comprennent pas toujours l’intérêt de subir un dépistage alors qu’elles ne se sentent pas malades. Et c’est une maladie connotée, on a peur que ça se sache. Malheureusement, il arrive que les tuberculeux soient ostracisés. C’est pourquoi nous tentons de sauvegarder l’anonymat, en passant par exemple par la médecine du travail pour identifier les collègues qui doivent être dépistés. Et on organise de manière systématique une réunion d’information. Nous devons faire un effort de pédagogie face aux clichés et à la méconnaissance de cette maladie censée avoir disparu.

Comment expliquer que cette maladie du passé réapparaisse?

Elle n’a jamais totalement disparu. Mais on est passé de centaines de milliers de morts au début du siècle à seulement 8 malades pour 100.000 habitants pour la moyenne nationale en France. Ces dernières années, nous occupions avec Paris et la Guyane le triste podium des territoires les plus concernés par la tuberculose. Encore aujourd’hui, on dénombre 27 cas/100.000 habitants en Seine-Saint-Denis. Même si on est sur une pente descendante.