La moto médicalisée, un projet d’avenir testé à Paris en juin

SANTE Le docteur Ali Afdjei va présenter ce mercredi au congrès des urgences à Paris son «Emergency City Bike», une moto où un conducteur expérimenté conduit le médecin urgentiste…

Oihana Gabriel

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Ces motos médicalisées, baptisées Emergency City Bike, seront testées par les urgences de Lariboisières cet été.
Ces motos médicalisées, baptisées Emergency City Bike, seront testées par les urgences de Lariboisières cet été. — ECB

L’idée est née lors d’un accident sur le Paris-Dakar. C’était en Mauritanie, il y a plus de dix ans. Le docteur Ali Afdjei, urgentiste du rallye, soigne le coureur Raymond Loizeaux, ancien de la garde présidentielle de Jacques Chirac et ex-policier. Une fracture au bras, quelques heures d’attente dans le désert et les deux hommes décident de monter un projet osé: une moto médicalisée, baptisée Emergency City Bike (ECB).

«En gros, c’est un Samu sur deux roues, précise le docteur Ali Afdjei. Les policiers, Pizza Hut utilisent les motos parce que ça va plus vite.» A Paris, ces motos médicalisées pourraient aisément se faufiler dans les bouchons. Et intervenir sur des sites peu accessibles comme le bois de Boulogne ou le château de Versailles. «L’ECB possède le même matériel qu’une ambulance: défibrillateur, respirateur, électrocardiogramme, perfusion, reprend le médecin. On a miniaturisé les outils, pas la carrosserie de la Goldwin standard donc le concept est facilement exportable.»

Plus rapide et plus sûr

Si la moto médicale existe déjà, notamment au Royaume-Uni, le docteur Afdjei assure que les paramédicaux qui conduisent l’engin ne peuvent prendre en charge que les petits bobos. «Avec l’ECB, on peut sauver plus rapidement un noyé, un pendu. Pour un arrêt cardiaque, chaque minute équivaut à 10 % de chance de survie en moins. Enormément de soins ont besoin de gestes rapides et simples.»

L’un s’est frotté aux soins en urgence notamment lors du tsunami en Asie du sud-est. L’autre affiche 23 Paris-Dakar. La vraie originalité de leur invention, c’est que chacun met son expertise au service de la survie du patient. «Je ne suis pas un fan de moto! rigole le docteur Ali Afdjei. Je ne sais pas aussi bien conduire que Raymond Loizeaux et lui vous dirait qu’il ne peut soigner comme moi. C’est pour ça que nous avons pensé à une moto avec deux professionnels pour favoriser la sécurité des secouristes et arriver plus vite sur les lieux d’un accident. François Hollande souhaite qu’aucun Français ne se trouve à plus de 30 minutes d’un service d’urgences. Une ambulance intervient au minimum en 10 minutes, nous en 4 ou 5 minutes maximum.»

Sept fois moins cher qu’une ambulance

Problème, le patient ne pourra pas être transporté à l’hôpital. «Mais un peu moins de la moitié des ambulances ramènent un patient aujourd’hui, plaide le médecin urgentiste de Parly 2. Lui, assure que l’ECB rimerait avec économies pour l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP). La moto médicalisée coûterait sept fois moins cher qu’une ambulance.

Si le médecin ne cache pas son impatience de voir son bébé sauver des vies, il se réjouit qu’à partir de la mi-juin, un test grandeur nature soit lancé. Pendant trois mois, deux ECB partiront de l’hôpital Lariboisière pour accompagner chaque ambulance. Et ainsi mesurer l’efficacité d’un tel service. Quatre pilotes sont donc formés à la conduite par Raymond Loizeaux. Mais aussi aux soins d’urgence par les médecins du SAMU de l’hôpital. «L’ECB est une solution complémentaire, ce n’est pas la panacée. C’est au SAMU de faire la répartition. Mais quand votre père fait un arrêt cardiaque, vous aimeriez que l’ambulance, la moto et l’hélicoptère interviennent.»