Les cadenas d'amour en sursis à Paris

PATRIMOINE Dans la lettre de mission adressée à son adjoint à la culture, Anne Hidalgo demande de trouver des alternatives aux cadenas d'amour qui s’agglutinent sur les ponts parisiens...

Fabrice Pouliquen

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Le Pont des Arts à Paris
Le Pont des Arts à Paris — PATRICK KOVARIK / AFP

Les cadenas d'amour ont du souci à se faire à Paris. Début janvier déjà, Lisa Anselmo et Lisa Taylor-Huff, deux Américaines tombées amoureuses de Paris depuis qu'elles y vivent, étaient parties en croisade contre la prolifération de ces cadenas que les touristes accrochent aux monuments parisiens en signe d'amour éternel. «Les garde-corps du Pont des Arts en sont recouverts aujourd'hui, déplore Lisa Taylor-Huff. Dix autres ponts parisiens mais aussi même des monuments comme la tour Eiffel subissent aussi le phénomène.» La pétition en ligne des deux Américaines avait recueilli 4.000 signatures en quelques mois.

«Des alternatives artistiques, solidaires et écologiques»

Mardi, c'était autour d'Anne Hidalgo de lancer une seconde salve au moment de remettre les feuilles de route à ses 21 adjoints. A Bruno Julliard, en charge de la culture et du patrimoine, elle demande ainsi d'«ouvrir une réflexion autour du phénomène des cadenas d’amour, afin de proposer des alternatives à la fois artistiques, solidaires et écologiques». Une simple phrase dans une lettre de mission qui court sur cinq pages. «Mais tout de même, c'est la première fois que la Mairie de Paris se saisit officiellement de ce dossier», se réjouit Lisa Taylor-Huff.

«C'est d'abord une question de sécurité, explique Bruno Julliard. Cette masse de cadenas pèse sur les garde-corps jusqu'à risquer de les faire tomber. C'est aussi dangereux pour les passants que pour les bateaux-mouches qui circulent en dessous.» Esthétiquement aussi, ces cadenas laissent à désirer. «Nous avons reçu plusieurs courriers de Parisiens se plaignant, poursuit Bruno Julliard. Et pour avoir retrouvé des photos du Ponts des Arts sans cadenas, il est vrai que la vue était tout de même plus agréable.»

Il n'y aura pas d'amendes

Alors comment faire? Faut-il instaurer des amendes aux amoureux trop expansifs? «Nous ne sommes pas dans une démarche punitive, prévient tout de suite Bruno Julliard. Il n'y aura ni arrêté, ni amendes, ni enlèvements systématiques des cadenas. Nous remplaceront juste les pans de garde-corps trop chargés en cadenas comme nous le faisons déjà. » 

Pour endiguer la prolifération, l'adjoint à la culture songe à une méthode plus douce. « Celle d'inciter les touristes à accrocher des cadenas sur des structures prévues pour, indique Bruno Julliard. L'idée serait de lancer un appel à projet auprès des artistes parisiens et du monde entier afin qu'ils nous proposent un lieu ou une œuvre d'art qui pourrait recevoir ces preuves d'amour.» La ville a déjà reçu plusieurs idées. Notamment celle d'installer des arbres à cadenas, en métal comme Moscou l'a fait. «Mais ce n'est pas beaucoup plus jolie, estime l'élu. Pourquoi d'ailleurs se focaliser sur les cadenas? Un artiste nous proposait par exemple de mettre à disposition des tablettes sur lesquelles il serait possible de laisser des messages d'amour qui seraient afficher quelque part à Paris.»

La moisson d'idées ne fait que commencer. Bruno Julliard indique vouloir lancer l'appel à projet avant la fin de l'année...