La «Jeune Rue» veut creuser son sentier écolo dans le 3e

URBANISME L'homme d'affaires Cédric Naudon, qui a racheté 32 commerces de bouche, présente son ambitieux projet à la maire de Paris et au maire du 3e ce mercredi...

Oihana Gabriel

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Trois rues du 3e arrondissement vont voir fleurir 32 nouvelles boutiques de produits bio et raisonnables à partir de cet été.
Trois rues du 3e arrondissement vont voir fleurir 32 nouvelles boutiques de produits bio et raisonnables à partir de cet été. — F. Lodi/ 20 Minutes

Dans la rue Volta (3e), il n’y a pas encore la queue. «La Jeune Rue», ambitieux projet porté par le financier fortuné Cédric Naudon, qui devait faire émerger un quartier bobo fin mai, accuse quelques semaines de retard. L’homme d’affaires, qui accueille Anne Hidalgo ce mercredi midi, investit les rues Vertbois, Volta et Notre-Dame-de-Nazareth pour y ouvrir 32 commerces, tous dessinés par les plus grands designers. Avec comme slogan des produits bio en direct de fermes exemplaires.

Les premiers commerces ouvriront en juillet

Pour le moment, des pans entiers de ces rues restent volets fermés. Mais d’ici quelques mois, une quincaillerie, un bar à tapas, un marché couvert, un glacier, un restaurant de poissons, une boulangerie entre autres, réveilleront les rues endormies. Autour du 10 juillet, la boucherie, la poissonnerie, la fromagerie et le restaurant coréen doivent lancer ce nouveau quartier bobo. Et dans un dernier temps, un cinéma, en partenariat avec MK2 qui fournira les films, est prévu pour le 1er trimestre 2015.

Et «La Jeune Rue» d’insister sur le concept: «On n’ouvre pas une rue du design, notre priorité, ce sont les bons produits, en respectant la saisonnalité et l’éthique. On ne va pas inaugurer par exemple le bar à huîtres en juillet, alors que c’est le moment où elles se reproduisent!»

Les commerces environnants attendent avec bienveillance ces nouvelles enseignes qui devraient animer le quartier. «Les grossistes de vêtements sont partis à Aubervilliers, explique Ludo Bismuth, propriétaire d’un restaurant, le Cosmo et du bar à cocktails le Coltrane. Quand je me suis installé il y a deux ans, tout était fermé alors qu’on est au cœur de Paris. Il y a déjà des touristes qui me demandent où se trouve la «Jeune Rue». Ce projet prouve que je ne m’étais pas trompé. Il y aura toujours quelqu’un pour manger un bon burger, ceux qui veulent du bio iront ailleurs.»

Un quartier élitiste?

Cédric Naudon assure que la «Jeune Rue» «ne sera pas un projet élitiste» et que les enseignes respecteront «le prix juste». «Mais il faut voir si le prix juste, c’est pour les plus riches ou pour tout le monde», ironise Ludo. Pour le maire du 3e, Pierre Aidenbaum (PS), «la clé de la réussite de ce projet un peu fou mais sympathique sera de bons produits à des prix raisonnables». Au risque de péricliter. «Le projet s’inscrit dans la dynamique lancée par la Mairie de Paris qui a racheté des boutiques pour lutter contre la monoactivité.»

En effet, les rues ont assisté à l’éclosion d’une librairie spécialisée dans l’architecture de galeries et même un commerce vegan… Le maire assure que les habitants se montrent enthousiastes, même si certains craignent que quartier attractif rime avec embouteillages. «Sans vie culturelle et économique, les arrondissements meurent. Et j’ai mis en garde Cédric Naudon sur le manque de places de stationnement. Il m’a annoncé qu’il avait acheté un immense entrepôt à Bercy pour recevoir les livraisons acheminées ensuite dans le 3e grâce à des véhicules électriques.» Quant aux prix de l’immobilier, lui ne croit pas à une spéculation outrancière du m2.

Emilie, qui vit depuis cinq ans dans le coin, estime «qu’il y en aura pour tout le monde, des huîtres pour certains, des produits frais pour d’autres. Le quartier est en train de se transformer en Lower east side de New York. Mais l’arrondissement reste très divers avec la nouvelle place de la République, la culture avec la Gaîté lyrique, le multiculturalisme de Strasbourg-Saint-Denis. Pour moi, Cédric Naudon a du flair et il investit en France, dans l’économie parisienne, et non dans des actions, alors autant l’encourager.»