Paris: Des employés luttent pour la survie de leur boulangerie

SOLIDARITE Un élan de mobilisation dans le quartier aide les deux vendeuses qui se retrouvent seules à gérer la boutique...

Sélèna Jeusset

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Zhara, et sa collègue Adriana, ont du apprendre à faire du pain pour maintenir leur commerce "Le pain d'Auguste", situé au 30 rue d'Alésia, Paris (14e).
Zhara, et sa collègue Adriana, ont du apprendre à faire du pain pour maintenir leur commerce "Le pain d'Auguste", situé au 30 rue d'Alésia, Paris (14e). — Sélèna Jeusset

Deux employées ont décidé de se battre pour sauver leur boulangerie. Ce mercredi 28 mai, le tribunal de commerce prononcera la liquidation ou non de la boulangerie «Le pain d’Auguste». Abandonnées par le nouveau gérant du commerce, Zarha et Adriana ont déclenché un élan de solidarité dans le quartier. «Je ne veux pas reprendre cette boulangerie, je veux juste un bon patron», s’exclame Zarha devant ses étagères vides. Au 30 rue d’Alésia (14e), accompagnée de sa collègue Adriana, cette employée gère seule la boutique depuis plus d’un mois et demi.

«On a des clients très fidèles qui viennent pour nous soutenir.» Comme Eric, un habitué, qui les soutient et a tenu à alerter les médias sur leur situation. «Elles en font plus que ce qu’elles peuvent», assure-t-il. 

«On a dû apprendre à faire du pain»

Pour lutter, les deux vendeuses assurent toute la main-d’œuvre. «On a dû apprendre à faire du pain, et il a fallu trouver des solutions pour que les étagères ne soient pas toutes vides.» En attendant que Zarha et Adriana trouvent un nouveau boulanger, c’est une autre boulangerie qui les aide. «La conquête du pain», une boulangerie bio autogérée à Montreuil leur livre quelques brioches. Mais surtout des conseils, notamment sur les bases du métier. «On les aide aussi au niveau de la paperasse, et on a contacté quelques syndicats».

Quant aux pâtisseries, si elles sont encore en vente, c’est surtout grâce à Daniel, pâtissier à la retraite. Il aide bénévolement les deux femmes pour que le commerce reste ouvert, et que la clientèle se maintienne. Le vieil homme s’active aux fourneaux, et retrouve le plaisir de manier la pâte.

61.000 euros de chiffres d’affaires, 10.000 euros en banque

Pourtant, quand Adriana et Zarha ont été embauchées, tout semblait aller pour le mieux. «Mais au bout d’un moment, mon ancien patron a arrêté de payer ses fournisseurs et il a accumulé des dettes. Il a vendu la boulangerie un euro symbolique à quelqu’un qui en possédait déjà plusieurs sur Paris. Ils se sont entendus entre eux.»

Et les deux employées accusent leur patron d’avoir volé dans la caisse. Selon nos informations, alors que la caisse enregistrait 61.000 euros de chiffre d’affaires entre début janvier et fin mars, 10.000 euros seulement sont remis en banque. Période durant laquelle la transaction entre les deux gérants s’est effectuée. Le tribunal de commerce, averti, a pris en charge les comptes du commerce. Adriana, d’un ton énervé, réplique, «ça n’a pas plu au gérant, alors une nuit il est venu pour tout saccager».

«Il pouvait tout casser s’il voulait»

Vendredi dernier, dans l’arrière-salle, difficile de ne pas remarquer les dégâts. Et les dégradations font courir un risque aux travailleurs avec des radiateurs démontés au sol et un trou béant dans un escalier. Les réparations nécessaires ont déjà découragé deux éventuels repreneurs.

Et les deux employées se sentent impuissantes. «On nous a dit qu’on ne pouvait rien faire parce qu’on était que des salariés, qu’il était chez lui [le gérant] donc qu’il pouvait tout casser s’il le voulait».

Après la prononciation de la liquidation, si le tribunal de commerce ne trouve pas de repreneurs dans les deux semaines, Zhara et Adriana se retrouveront sans travail. Et «Le pain d’Auguste» ne sortira plus du four.

*Malgré nos sollicitations, le gérant n'a pu être contacté