Paris : Kiosquier, un métier en plein renouveau?

COMMERCE En pleine perdition en 2005, le métier de kiosquier a depuis repris du poil de la bête à Paris. Ils sont 365 aujourd’hui dont Loucia Kouyoumji, 34 ans, qui fait ses premiers pas dans ce métier difficile…

Fabrice Pouliquen

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A bientôt 34 ans, Loucia Kouyoumji est l'une des dernières arrivées parmi les kiosquiers de Paris.
A bientôt 34 ans, Loucia Kouyoumji est l'une des dernières arrivées parmi les kiosquiers de Paris. — F. Pouliquen/20minutes

C’est le nouveau visage de la profession! Entourée d’un amoncellement de journaux et magazines, Loucia Kouyoumji rayonne dans son kiosque au 86 boulevard Port-Royal. Elle vous dira que c’est l’une des qualités du kiosquier: «avoir le sourire, toujours, quelle que soit l’amabilité du client.» A bientôt 34 ans, cette Parisienne est dans le métier depuis juin 2013 seulement. «J’y suis arrivée par la force des choses, concède Loucia. J’étais comptable dans une entreprise qui s’est retrouvée en liquidation judiciaire. Au chômage, un ami m’a proposé un stage d’une semaine dans son kiosque.»

70 heures par semaine

Depuis, Loucia Kouyoumji ne s’éloigne guère des journaux et des magazines sur papier glacé. Au boulevard Port-Royal, elle occupe son deuxième poste de kiosquière provisoire. «C’est ainsi qu’on se fait une place dans le métier, raconte-t-elle. Une fois notre dossier accepté par la commission professionnelle des kiosquiers, on se voit confier des kiosques provisoires pour deux périodes de six mois.» La titularisation ne vient qu’après.

Loucia Kouyoumji attend ce moment avec impatience. Elle n’a aucun doute désormais: «kiosquière, ça me plaît, sourit-elle. Le contact avec la clientèle en particulier. Et puis, nous sommes nos propres patrons. C’est plus facile dès lors d’accumuler les heures.»

Car la commerçante ne nie pas la pénibilité du job. Elle ouvre son kiosque dès 7h chaque matin, du lundi au samedi, et baisse le rideau à 19h. Soit 60h de travail par semaine, «sans toilettes» précise la kiosquière, obligée d’aller dans le bistrot voisin, et dans des conditions que le temps rend parfois difficiles. Le tout pour un salaire de 1.200 € net.

50 kiosquiers de plus depuis 2005

Mais si le métier est difficile, il n’est plus en perdition comme il l’a été en 2005 lorsque la mairie lançait un plan de renouvellement des kiosques. La capitale ne comptait alors plus que 315 kiosquiers, soit 65 de moins que trois ans plus tôt. «La tendance s’est depuis inversée, raconte Marc Bollaert, directeur réseau à Mediakiosk, entreprise qui gère le réseau de kiosques pour la ville de Paris. Il y a désormais 408 kiosques installés dans la capitale pour 365 ouverts.» (La carte des kiosquiers parisiens à découvrir ici)

Leur nombre devrait croître encore car à chaque fermeture d’un magasin de presse, Mediakiosk étudie la possibilité d’ouvrir un kiosque dans le quartier pour le remplacer.

Plus seulement la presse…

Alors métier d’avenir, kiosquier à Paris? «A la seule condition qu’on nous permette de diversifier nos activités, reprend Loucia Kouyoumji. La seule vente de journaux ne nous fait plus vivre, c’est une certitude.» Depuis janvier 2013, les kiosques parisiens sont autorisés à vendre des boissons non-alcoolisées, des barres chocolatées, des produits de parapharmacie… «On pourrait imaginer d’autres services encore, estime Marc Bollaert. Pourquoi les kiosques ne vendraient pas des billets de concerts, de matchs de foot, de musées?»

Loucia Kouyoumji en rêve: «Selon l’emplacement du kiosque, les ventes hors presse représentent déjà bien plus de 50 % du chiffre d’affaires.» Dans les zones touristiques ou les rues à fort passage par exemple. Là où les salaires du kiosquier sont bien supérieurs au smic. Là où aussi Loucia espère un jour travailler.

Paris fête ses kiosquiers jusqu’au 18 mai

Cette semaine se tient la seconde édition de «Paris aime ses kiosques». Vingt rencontres autour de l’avenir de la presse sont prévus dans les vingt arrondissements de la capitale. La carte des événements est à découvrir sur www.pariskiosques2014.fr