Les auberges de jeunesse parisiennes font leur mue

TOURISME Loin de l’image «dortoirs» et de plus en plus confortables, ces établissements se développent en conservant leur convivialité…

Sélèna Jeusset

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Un client islandais se renseigne sur les sorties du week-end à l'accueil de l'auberge de jeunesse Yves Robert dans le 18ème arrondissement de Paris.
Un client islandais se renseigne sur les sorties du week-end à l'accueil de l'auberge de jeunesse Yves Robert dans le 18ème arrondissement de Paris. — JEUSSET SELENA

Des enfants qui courent, des clients plus âgés qui commentent les brochures… Ce vendredi matin à l’heure du petit-déjeuner, une clientèle de tous âges peuple le hall de l’auberge de jeunesse Yves Robert (18e arrondissement).

Au top de la modernité, cette auberge de jeunesse de la FUAJ (Fédérations unies des auberges de jeunesse) fait pourtant jeu égal avec les hôtels en termes de prestations.

Mais sans oublier les valeurs défendues par l’organisme. «Nos clients viennent ici avant tout pour rencontrer du monde, créer des liens», précise Marie-Jeanne Gouraud, directrice marketing de la fédération. Ces établissements se sont lancé un pari: allier convivialité, confort et modernité.

Un manque à pallier

Une évolution nécessaire. Face à une demande touristique très importante, l’hébergement manque en effet à Paris. «Il y a un potentiel énorme», confie Didier Arino, directeur de Protourisme, un cabinet d’études et de conseil en tourisme. «D’ailleurs, des opérateurs étrangers commencent à s’intéresser au marché, comme Generator par exemple. C’est un modèle économique vertueux où l’on peut tirer des profits». Pour exemple, l’auberge Yves Robert a généré 2 millions d’euros en 2013 de chiffre d’affaires. Et elle sera bénéficiaire en 2015, soit à peine deux ans après son ouverture.

Ainsi, face aux auberges de jeunesse gérées par les associations, s’ajoutent les entreprises privées étrangères. «Ce sont deux modes économiques différents, qui ne rentrent pas vraiment en concurrence. Ce n’est pas les mêmes règles, pas les mêmes taxes. Dans tous les cas, c’est un avantage, car il devenait indispensable d’augmenter l’offre d’hébergement, notamment à des prix raisonnables».

C’est d’ailleurs pour cette raison que la ville de Paris a activement participé à l’édification de l’auberge de jeunesse Yves Robert, selon Thomas Séguy, directeur de l’établissement. «On est encore au début de cette évolution. D’autres auberges vont ouvrir, elles sont en tout cas déjà dans les tuyaux», précise Didier Arino.

Des chambres pour tout type de client

Dans l’auberge de jeunesse Yves Robert en tout cas, modernité et écologie sont au top. Dans les 3.300 mètres carrés de terrain, les 103 chambres sont entièrement équipées pour l’accessibilité des clients handicapés. Récupération d’eau de pluie, panneaux photovoltaïques, construction en bois… L’auberge joue la carte du 100 % développement durable.

Avec de grands espaces, particulièrement lumineux, on est loin de l’image «dortoir» qui collait souvent à ce type d’établissement. Exit donc le cliché de l’auberge de jeunesse réservée aux jeunes et aux groupes. «On a beaucoup de personnes seules en été, et de 6 à 99 ans», ajouteThomas Seguy. Et pour Didier Arino, aujourd’hui, «les auberges de jeunesse ressemblent plus à des galeries Ikea qu’à des dortoirs de colonies de vacance».

Comme ailleurs, le confort et la sécurité sont ici principalement recherchés par les clients. «On est dans une société individualiste», argumente Didier Arino. Du coup, «tous les types d’hébergement, même le camping, vont vers cette tendance, avec une diversité plus forte de prestations.» Car s’il veut bien vivre en communauté, le touriste aspire surtout à être bien installé.

Mais d'où viennent les auberges de jeunesse françaises ? Marie-Jeanne Gouraud, directrice marketing de la FUAJ, nous le précise. «En 1956, le concept initial était de permettre aux jeunes de se rencontrer afin que l'ouverture d'esprit se développe, dans un contexte d'après-guerre. Notamment entre Français et Allemands.»

Auberge de jeunesse Yves Robert, 20 Esplanade Nathalie Sarraute
75018 Paris. Chambre à partir de 29,90 euros.