Jeu de hasard: Le bonneteau a tout d'une arnaque

JEU Alors que la cour d'appel de Paris n'estime pas le bonneteau comme une escroquerie, «20 Minutes» est allé observer cette pratique d'un peu plus près...

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Joueurs de bonneteau à Paris en 2013.
Joueurs de bonneteau à Paris en 2013. — HOUPLINE/SIPA

Le bonneteau, une escroquerie? Apparemment pas. La cour d’appel de Paris a estimé ce mercredi que ce divertissement, souvent considéré comme une arnaque, est un vrai jeu, écartant le chef d'escroquerie. Résultat, le bonneteur en cause a été condamné à six mois d’emprisonnement pour jeu d’argent sur la voie publique sans autorisation. Pourtant, dans les rues de Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, les touristes en sont souvent victimes.

Reportage sur place pour découvrir cette pratique d’un peu plus près. Et à première vue, le bonneteau a tout d’une arnaque.

Les règles du jeu

Ce mercredi après-midi, les bonneteurs de Montmartre ne sont pas difficiles à trouver. Quelques cartons empilés, trois pavés dont un doté d’une marque blanche sur son verso, des billets de 50 euros et des complices. C’est la panoplie du parfait maître du bonneteau.

La règle du jeu est simple, accessible à n’importe qui: le bonneteur mélange les pavés et le client gagne le double de sa mise s’il désigne le bon pavé.

Un jeu honnête en apparence

Ils sont au moins six autour du carton disposé Boulevard de Clichy (18e), faisant mine de gagner à chaque coup. Au début, tout paraît simple. Le maître du jeu tourne les pavés ou les cartes avec nonchalance et, curieusement, tous les joueurs adverses gagnent la mise. En vérité, ce sont des complices, appelés «barons» ou «baronnes».

Ils attirent les touristes, n’arrêtant pas de répéter le même discours. «C’est simple, on gagne toujours!». Les billets de 50 euros s’échangent, les acolytes font parfois mine de perdre.

En vérité, une fois qu’un vrai joueur dépose son argent, retrouver le bon pavé pour le miseur relève de l’exploit. Et s’il gagne, il a de fortes chances de devoir rendre l’argent gagné sous la contrainte.

Des bonneteurs bien connus dans le quartier

Dans la rue, de l’opticien au vendeur alimentaire, tout le monde connaît le bonneteau. Il suffit de demander pour savoir où trouver les joueurs.

Michel* travaille dans le quartier. «J’en vois souvent dans le coin. Mais on connaît tous la technique, personne ne gagne. On les voit ramasser des cartons dans la rue et installer leur stand. Mais bon, ils ont dû changer d’endroit à cause du passage des policiers.»

D’ailleurs, dès qu’une voiture de police passe, ou qu’un guetteur sent le danger, les passants se retrouvent seuls face à une pile de carton. En moins de deux minutes, bonneteurs et barons disparaissent. Difficile devant tant d’habilité de saisir les joueurs la main dans le sac.

*Le prénom a été modifié