Bébés bulgares: du sursis requis contre les parents

Michaël Hajdenberg

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Au début de ses réquisitions, le procureur lit une conversation enregistrée: «Alors 5000 euros, c’est bon? Non, on avait dit 6000. Il est beau, il fait 4 kilos. 6000.» Le procureur du tribunal correctionnel de Bobigny demande: «De quoi parle-t-on? D’une machine à laver? Non, d’un être humain.»

Lundi, il a requis de 2 à 7 ans de prison contre les organisateurs et intermédiaires du trafic. Et de 4 à 6 mois de prison avec sursis contre les gens du voyage souvent stériles ayant acheté des bébés à des femmes bulgares venues accoucher en France. «Ces parents ne sont ni des bourreaux ni des sauveurs», a-t-il expliqué.«Ils avaient un désir d’enfants», et ces enfants, qu’ils ont finalement obtenu le droit d’élever, sont aujourd’hui soignés et choyés. «La justice serait-elle schizophrène de les leur rendre puis de les sanctionner?» Non, «ces enfants ont été rendus pour ne pas ajouter de la douleur à la douleur.»

Le procureur écarte le débat sur l’égalité des couples français devant l’adoption. Tout comme il passe sur ce qu’on pourra dire à ces enfants de leurs origines. Il insiste sur une «condamnation de principe». Si ces femmes sont venues accoucher en France, «c’est parce qu’il y avait des acheteurs», qui «se sont d’abord souciés d’eux, sans se demander pourquoi ils payaient un intermédiaire, si la mère était d’accord et ce qu’elle vivait» (prostitution, mendicité). On peut «expliquer leur comportement, pas le justifier». Car «le principe de l’adoption, c’est une famille pour un enfant qui n’en a pas.» Et non l’inverse.