Bitcoin: Paris se laisse-t-elle gagner par la monnaie virtuelle?

TECHNOLOGIE Une Maison du Bitcoin ouvre début mai dans le quartier du Sentier…

Fabrice Pouliquen

— 

 Eric Larchevêque et Thomas France, les deux fondateurs d’Epic Dream qui se consacre au bitcoin.
Eric Larchevêque et Thomas France, les deux fondateurs d’Epic Dream qui se consacre au bitcoin. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Monoprix pourrait l’accepter d’ici la fin de l’année, la Chine, elle, ne l’interdira pas mais pour Amazon, c’est non… Depuis quelques jours, tout le monde prend position sur le Bitcoin. Créé il y a cinq ans par le mystérieux Satoshi Nakamoto, le Bitcoin est une monnaie électronique s’appuyant sur un nouveau système de paiement annoncé par bon nombre d’utilisateurs comme aussi révolutionnaire que le fut internet à son époque.

Ils seraient entre cinq et dix millions à utiliser des bitcoins dans le monde aujourd’hui et, à la fin août 2013, la valeur de tous les bitcoins en circulation a dépassé 1,5 milliard de dollars. Et à Paris? «Ça prend peu à peu, observe Karl Chappé, le fondateur du site internet France Bitcoin. Il y a un an, lorsque j’organisais des événements autour du Bitcoin à Paris, nous étions dix. La semaine dernière, nous étions 124.»

Monnaie décentralisée

Surtout, la monnaie électronique aura sa propre maison début mai, sur 220 m², au 35 rue du Caire, en plein Sentier. Derrière ce projet, on trouve Eric Larchevêque et Thomas France, les deux fondateurs d’Epic Dream, une société à l’origine spécialisée dans la création d’applications mobiles. «Mais depuis fin décembre, nous nous consacrons à 100 % sur le Bitcoin», explique Thomas France.

Pourquoi? «Nous y croyons, répond simplement Eric Larchevêque. Le Bitcoin a l’avantage d’être une monnaie décentralisée. Aucun Etat ne peut en prendre le contrôle et faire tourner la planche à billet selon son bon vouloir.» Le Bitcoin ne connaît pas non plus de frontières. «Surtout, derrière la monnaie, il y a toute une technologie qui permet de mieux sécuriser les transactions, réduire les frais de commissions, et payer des achats très rapidement, ajoute Thomas France. Avec son smartphone, il suffit de prendre en photo le flashcode du ticket de caisse et de valider d’un simple clic.»

Un incubateur de projets bitcoins

Les deux entrepreneurs vanteront ces avantages dans la future Maison du Bitcoin. Les Parisiens pourront venir y acheter cette nouvelle monnaie. «Le lieu sera d’abord un espace de co-working destiné aux start-up françaises qui planchent sur des services autour du Bitcoin.»

Eric Larchevêque et Thomas France veulent aussi faire du Sentier une zone test grandeur nature des bitcoins, en convainquant les commerçants du quartier de les accepter. Le problème est bien là aujourd’hui. La carte Coin Map ne recense qu’une poignée de boutiques acceptant les bitcoins dans la capitale et sa petite couronne. Trois restaurants, un bar, un salon de coiffure à Boulogne-Billancourt… «Près de chez nous, le Sof’s bar (43 rue Saint-Sauveur) les accepte déjà, précise Eric Larchevêque. Nous voudrions rajouter une dizaine d’autres d’ici la fin de l’année.»

Un gros frein: l’extrême volatilité

Reste à savoir si les Parisiens vont suivre. Pour David Thesmar, économiste, professeur à HEC Paris, rien n’empêche au Bitcoin d’exister parallèlement à l’euro. «Les systèmes informatiques permettent aujourd’hui aux commerçants d’accepter plusieurs modes de paiements. En Angleterre, on peut payer en livres comme en euros dans bon nombre de boutiques.»

Mais pour toucher un plus grand nombre de Parisiens, le Bitcoin doit se défaire de ses défauts. «Elle n’a pas encore toutes les fonctions d’une monnaie, estime même David Thesmar. Elle n’est pas par exemple d’une réserve de valeur, tant son cours fluctue d’un jour sur l’autre. Les hausses sont spectaculaires, mais les chutes aussi.» Difficile donc à placer. Le Bitcoin souffre aussi de sa réputation sulfureuse. Fin février, le sénateur américain Joe Manchin en demandait même l’interdiction aux Etats-Unis, soupçonnant le Bitcoin de servir à des blanchiments d’argent. Le placement sous administration judiciaire, le 16 avril, de MtGox n’a pas redoré le blason de la monnaie virtuelle. La plateforme japonaise avouait fin février avoir égaré 850.000 bitcoins.

Eric Larchevêque et Thomas France ont bien conscience de ces défauts. «Il y a besoin de professionnels derrière le Bitcoin, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui», précisent-ils. C’est tout le but de la Maison du Bitcoin.

Sofiane Bouhaddi, gérant du Sof’s bar: «les Bitcoins m’ont apporté une nouvelle clientèle».

Sofiane Bouhaddi n’avait jamais entendu parler des bitcoins avant l’été dernier. «C’est Karl Chappé (le fondateur du site internet France Bitcoin) qui m’a convaincu d’accepter cette monnaie dans mon bar», lance-t-il. Il a fallu six mois pour le convaincre. Mais depuis décembre, c’est fait: le Sof’s bar, au 43 rue Saint-Sauveur (2e arrondissement), s’est converti au bitcoin. Pour l’instant, Sofiane Bouhaddi est ravi. «Je fais en moyenne une trentaine de transactions par mois, explique le gérant du bar. Ça n’a pas explosé mon chiffre d’affaires. En revanche, cela m’a amené une nouvelle clientèle. Dans les utilisateurs, la légende dit vrai: il y a beaucoup de geeks. Mais des touristes aussi, souvent bien plus familiers que nous avec les bitcoins.»