Coursiers à vélo: Dans les coulisses des casse-cou parisiens de la petite reine

VELO Entre 100 et 150 coursiers à vélo arpentent les rues parisiennes, pressés par le chrono. Un job sportif, où il faut parfois ruser pour gagner des secondes. Mais loin d’être pénible, parole de coursier…

Fabrice Pouliquen

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Pause déjeuner finie pour les coursiers de Juan Bautista Osorio Alor, le gérant de Cycl'air. Maxime, Thomas et Balthazar se remettent en scène.
Pause déjeuner finie pour les coursiers de Juan Bautista Osorio Alor, le gérant de Cycl'air. Maxime, Thomas et Balthazar se remettent en scène. — F.Pouliquen/20minutes

100 km par jour. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse 30 degrés, qu’il y ait des côtes ou des pavés, la moyenne ne descend guère en dessous pour les coursiers à vélo parisiens. Et pas question de lever le nez du guidon: les trajets sont chronométrés. Urban Cycle et Cycl’air, deux entreprises de coursiers à vélo implantées dans la capitale, proposent même aux clients de leur livrer en 45 minutes les colis les plus urgents.

Métier pénible?

Au premier abord, coursier à vélo à toutes les caractéristiques du métier pénible. Pourtant, le métier se développe à Paris. D’une petite poignée en 2000, ils sont désormais entre 100 et 150 à arpenter les rues de la capitale. Dans le peloton figurent Maxime et Thomas, coursiers respectivement depuis six mois et un an, et loin d’être malheureux. «Même si les jambes sont lourdes à la fin de la semaine, il y a toujours cette impatience à reprendre le vélo chaque lundi», raconte Thomas.

Ces deux jeunes sont entrés dans le métier sans s’y être destinés. Thomas termine un doctorat en sciences politique, tandis que Maxime a attrapé le virus en consacrant son dossier de thèse aux coursiers à vélo lorsqu’il était étudiant en sciences sociales. «Deux profils qui sont loin d’être anodins, observe Juan Bautista Osorio Alor, cofondateur de Cycl’air. J’ai neuf coursiers. Pour la plupart, ce sont des jeunes adultes en phase de transition. Entre leur fin d’études et leur début dans la vie active.»

L’autre point commun, c’est la passion pour la petite reine. Une évidence quand on passe huit heures par jour sur la selle. Mais il y a vélo et vélo à écouter Patrick Boudard, l’un des trois fondateurs d’Urban Cycles, première boîte de coursiers à vélo à avoir vu le jour à Paris il y a 13 ans. «La philosophie est assez loin de la promenade du dimanche. Nous roulons le plus souvent à 30 km/h de moyenne.»

Des largesses avec le code de la route

L’exercice paraît périlleux dans le flot de la circulation parisienne. D’autant plus que les coursiers aiment à prendre leurs largesses avec le code de la route. Peu s’en cachent: les feux rouges brûlés, les slaloms entre les voitures, les sens interdits sont des entorses courantes pour gagner de précieuses secondes. Pour autant, tant à Cycl’air qu’à Urban Cycles, on refuse de voir le métier comme dangereux. «Nous n’incitons jamais nos coursiers à ne pas respecter le code de la route et aucun coursier à vélo n’est à ce jour décédé à Paris dans le cadre de son travail», rappelle Patrick Boudard. «Un poignet cassé est l’accident le plus grave que l’un de mes coursiers ait connu en sept ans d’activité», ajoute Juan Bautista Osorio Alor.

C’est tout l’art du bon coursier à vélo. «Il ne suffit pas d’avoir les jambes, rappelle Juan Bautista Osorio Alor. La tête aussi compte beaucoup. Pour s’orienter rapidement et ainsi tenir les délais. Mais aussi et surtout pour être à l’affût du moindre danger.»

Désormais une discipline sportive

Pour ça, les astuces sont nombreuses. Le dirigeant de Cycl’air préconise ainsi à ses coursiers de rouler le plus possible à gauche dans la file. «C’est là que le cycliste sera le plus visible, le moins exposé aux angles morts.» Patrick Boudard, lui, ne voit pas les pistes cyclables comme la voie royale du cycliste. «Le coursier peut vite s’y retrouver coincé, sans échappatoire en cas d’obstacle imprévu. Une portière qui s’ouvre au dernier moment par exemple. A 30 km/h, nous sommes bien mieux dans le flot de la circulation. Les échappatoires sont plus nombreuses.»

Le métier de coursier à vélo émerge même peu à peu comme une discipline sportive. Les championnats du monde se tiendront d’ailleurs au Mexique cet été. Paris n’est pas en reste avec son championnat, Boss 2 Paname. «Les coursiers se retrouvent lors d’alleycats, des courses urbaines où il faut livrer des colis fictifs en alliant vitesse et stratégie», explique Maxime, compétiteur régulier. La prochaine manche a lieu le 10 mai à Belleville. Elle est ouverte à tous les cyclistes.