Un lycée accusé de dérives catholiques intégristes

POLEMIQUE Enseignants, élèves et parents d’un établissement du 16e arrondissement dénoncent «une vision des plus obscurantistes de notre société», notamment en matière d’avortement…

Jerome Comin
— 
Le lycée catholique Gerson est situé dans le 16e arrondissement de Paris.
Le lycée catholique Gerson est situé dans le 16e arrondissement de Paris. — A. Gelebart

«La question de l’avortement a été abordée de façon choquante pour un certain nombre d’élèves, certains professeurs ayant signalé l’usage de propos pas adaptés.» Jean-François Canteneur, adjoint au directeur diocésain de Paris, a réagi ce lundi après-midi après les révélations d’Europe 1 concernant des dérives intégristes dans un lycée catholique de Paris.

Selon une élève du groupe scolaire privé Gerson, situé dans le 16e arrondissement, des représentants de l’association Alliance Vita ont qualifié lors d’un cours de catéchèse de «semi-meurtrières» les jeunes filles ayant recours à la pilule du lendemain sans savoir s’il y a fécondation. «En revanche, une fille qui avorte commet un "homicide volontaire"», selon les membres de l’association invitée à intervenir dans l’établissement, a rapporté l’élève.

Alliance Vita mise en cause

«L’Opus Dei est au sein de notre établissement aujourd’hui, c’est incontestable […] Nous ne sommes plus dans l’offre d’une spiritualité mais dans l’imposition d’une vision des plus obscurantistes de notre société», a expliqué à Europe 1 un enseignant qui a préféré garder l’anonymat.

Des accusations qui ne sont pas du goût d’Alliance Vita. Cette association anti-avortement et anti-euthanasie créée en 1993 par Christine Boutin et représentée par Tugdual Derville, porte-parole de la Manif pour tous, a réagi ce lundi après-midi via un communiqué. «Deux membres de l’association ont été accusés anonymement de propos outranciers qu’elles n’ont jamais tenus, peut-on lire sur le site Web de l’association. Vita dénonce fermement le mensonge, la calomnie et le procédé lâche visant à salir son image et à jeter le discrédit sur son travail.»

Un «changement d’orientation pédagogique»

Selon le représentant de la direction diocésaine de Paris, les tensions au sein de cet établissement privé sont plutôt dues à un «changement d’orientation pédagogique» vers un établissement plus sélectif, notamment dans le recrutement des élèves. «Des réunions pour redéfinir le projet éducatif et les orientations pédagogiques de l’établissement sont organisées depuis le mois de février avec la direction, les enseignants et les parents d’élèves», a précisé à l’AFP Jean-François Canteneur.

Mais pour le syndicat de l’enseignement privé catholique, FEP-CFDT, cela va plus loin. Plusieurs professeurs se seraient ainsi plaints de harcèlement, et une vingtaine auraient demandé leur mutation. «Clairement, on veut faire de cette école un établissement Opus Dei et faire partir ceux qui s’y opposeraient, affirme Valérie Ginet, secrétaire générale de la FEP-CFDT. On ne veut pas non plus d’enfants non baptisés, ni issus de familles recomposées, de parents séparés ou de familles monoparentales, ni de Juifs.»