Marc Szperling : «Le matin, 80 % des chauffeurs sont à Roissy»

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Marc Szperling, commissaire général du 8e Salon des taxis.

Vous réunissez les taxis ce week-end Porte de Versailles. L'un des grands enjeux de la profession ces prochaines années sera-t-il de régler le problème de l'offre à Paris ?

Il y a 17 000 licences de taxis en Ile-de-France. C'est suffisant. Le problème numéro un n'est pas le nombre de taxis, mais le trafic. Les chauffeurs ne veulent plus venir le matin à Paris, en raison des embouteillages. La plupart habitent en banlieue ; ils mettent en moyenne une heure et demie pour rejoindre la capitale. Résultat : 80 % des taxis sont à Roissy entre 8 h et 10 h, alors que c'est le créneau horaire où la demande est la plus forte dans la capitale ! C'est un non-sens auquel il faut remédier.

Mais avec 80 % des taxis à Roissy le matin, il doit y avoir saturation, non ?

Bien sûr. Certains attendent deux heures avant de charger un client. Mais les chauffeurs estiment que là-bas, ils sont sûrs d'en trouver. Et de faire une course de minimum 45 euros , bien plus intéressante qu'une petite course dans Paris intra-muros. Nous pensons qu'il s'agit d'un mauvais calcul et qu'ils feraient un meilleur chiffre d'affaires dans Paris. Maintenant, il faut convaincre.

Et trouver des solutions pour fluidifier le trafic ?

C'est essentiel. La situation ne s'améliore pas. Depuis cinq ans, le nombre de kilomètres de bouchons sur les autoroutes franciliennes reste à peu près stable. Une solution pourrait être de rendre une voie prioritaire pour les véhicules d'urgence sur les grands axes routiers desservant Paris, comme l'A1, l'A6 et l'A13. Particulièrement l'A1, une autoroute très importante pour les taxis, qui l'empruntent régulièrement pour relier Roissy. C'est une piste qui est régulièrement évoquée, puis abandonnée. Les autorités doivent craindre de mécontenter les automobilistes, qui seraient du coup privés d'une voie de circulation supplémentaire. Pourtant, aux Pays-Bas, cela fonctionne. On pourrait aussi créer une voie supplémentaire sur cette autoroute, mais étant donné le coût d'un tel chantier, je n'y crois pas.

Dans Paris intra-muros, la circulation s'est-elle améliorée depuis 2001 ?

Un sondage auprès des chauffeurs de taxi a été réalisé sur le sujet. Il sera dévoilé samedi. Les résultats sont favorables aux aménagements réalisés par l'équipe de Bertrand Delanoë, qui ont permis de raccourcir les temps de courses. Le problème est que le maire de Paris n'a pas de pouvoir sur les taxis. Il en est frustré, car lui augmenterait le nombre de licences à Paris.

Pourtant, il y en a assez...

Oui, mais on pourrait créer environ un millier de licences particulières, qui exerceraient dans des créneaux horaires spécifiques. La nuit, par exemple, car là il y a pénurie. Les chauffeurs de taxi sont réticents à travailler dans cette tranche horaire. Mais le sujet n'est pas à l'ordre du jour à la préfecture de police de Paris, qui gère les licences. Elle a même arrêté le plan de mille cinq cents licences supplémentaires sur quatre ans qu'elle avait lancé. Au final, seules quatre cents ont été créées.

Recueilli par Mickaël Bosredon