Logement: Entre Paris et les familles, le divorce est prononcé

IMMOBILIER Les couples avec enfants sont contraints de déserter la capitale en raison des prix exorbitants, selon une étude chiffrée inédite…

Nicolas Beunaiche

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Vue de Paris, le 24 septembre 2013.
Vue de Paris, le 24 septembre 2013. — FRANCOLON XAVIER/SIPA

Paris a-t-il un problème avec les enfants? En raison des prix exorbitants et du manque de surface disponible, la capitale serait en effet devenue une ville hostile aux familles, conclut une étude dévoilée ce mardi par le site Meilleurstaux.com qui, pour la première fois, publie des chiffres sur le type de biens achetés par ses clients*.

A Paris, les couples avec deux enfants ou plus représentent ainsi seulement 13 % des acquéreurs de logement financés par Meilleurstaux. Autre donnée précieuse: un foyer qui acquiert un logement rassemble 1,9 personne en moyenne. Un chiffre inférieur à la moyenne française (2,3), mais aussi à celle de la banlieue parisienne (2,2), qui questionne Hervé Hatt, le président du courtier en prêt immobilier: «Et si les centres urbains n’étaient dévolus qu’aux célibataires et aux couples à double revenu sans enfant?»

Un enfant, puis direction la banlieue

Car si la capitale compte une large majorité d’appartements, par nature moins grands que des maisons et donc moins adaptés à la vie de famille, l’analyse ne peut s’arrêter là. Le prix du m² (8.539 euros à Paris, contre 5.249 en Ile-de-France) joue évidemment à plein contre les acheteurs. En particulier ceux qui voient leur famille s’agrandir, puisque chaque naissance augmente la superficie recherchée d’environ 10m². A cela s’ajoutent les conditions de prêts accordés par les banques, qui se sont «durcies», rappelle David Rodriguez, de l’association de défense des consommateurs CLCV.

Résultat: un schéma bien connu des agents immobiliers. Dès le second enfant, les familles sont contraintes de quitter Paris pour la banlieue. Une tendance qu’illustre un chiffre: 70 % des naissances dans la capitale sont des premiers enfants, contre 56 % dans les Yvelines et 57 % en Seine-et-Marne, par exemple, selon l’Insee.

Paris, «ville de locataires»

Paris était-elle alors condamnée à devenir une «ville-musée» peuplée de cadres supérieurs? David Rodriguez n’aperçoit en tout cas pas de «retournement» de tendance pour les prochaines années. Il faut dire que les solutions manquent. La surélévation des immeubles, pour augmenter le nombre de logements disponibles? Une «fausse bonne idée», selon lui, en raison notamment des difficultés techniques et de la réticence des copropriétaires.

Quant aux efforts de la municipalité pour élargir le parc de logements sociaux, avance-t-il, ils devront se poursuivre. «Anne Hidalgo doit créer des habitations là où il n’y en a pas, détaille-t-il. Mais il est évident que cela ne réglera pas la crise du logement.» D’autant que le nouvel adjoint au logement à la mairie, Ian Brossat, considère la capitale comme «une ville de locataires». Il l’a d’ailleurs redit dans une interview à 20 Minutes: «La priorité est une offre locative accessible. Le niveau du foncier est tel que même lorsque l’on fait des efforts, les prix à l’achat restent élevés.»

*Etude réalisée dans la France entière sur la base des 4.000 dossiers financés en agences meilleurstaux.com en 2011, 2012 et 2013.

>> TÉMOIGNAGES - En couple avec un ou plusieurs enfants, vous avez décidé de quitter Paris pour sa banlieue? Quel événement ou changement personnel vous a motivé? Racontez-nous vos raisons et ce qui a changé grâce à votre déménagement en réagissant dans les commentaires ou en nous écrivant à contribution@20minutes.fr.