Paris: Quand Kassav fait zouker les patients de Saint-Antoine

SANTE Ce mercredi après-midi, une centaine de patient et soignants étaient réunis dans une policlinique de l’hôpital du 12e arrondissement parisien pour un concert exceptionnel du groupe Kassav…

Oihana Gabriel

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Le groupe Kassav a offert un concert gratuit à des patients à l'hôpital Saint-Antoine mercredi 19 mars 2014.
Le groupe Kassav a offert un concert gratuit à des patients à l'hôpital Saint-Antoine mercredi 19 mars 2014. — V. Wartner

Des projecteurs, deux synthétiseurs, des portables qui filment, des décibels… et des perfusions. Mercredi après-midi, les patients ont pu reprendre en chœur «Kolé-Séré» avec Kassav dans la policlinique Beaudelaire transformée en scène de concert. Grâce à l’association Les Voilà et au personnel de l’hôpital Saint-Antoine dans le 12e arrondissement, malades, médecins et infirmières dansaient sur les rythmes du célèbre groupe de musique créole dans une salle d’attente maquillée en Zénith. «Quand ce sont des stars et du zouk, c’est plus marrant qu’un quatuor à cordes, avoue Véronique Vasseur, responsable de la policlinique. Mais en général toute parenthèse culturelle apporte un moment de joie dans des parcours chaotiques. Et ça fédère l’équipe autour d’autre chose que la maladie.»

«Le zouk c’est notre seul médicament»

La veille, l’équipe de l’association est passée dans les chambres pour distribuer des invitations pour deux aux patients. «Pour une fois, les patients sont privilégiés: ils peuvent côtoyer des célébrités, et assister à un concert en petit comité, explique Stéphanie Dupagne, co-fondatrice de l’association. Dans la salle, les rangs se sont remplis, certains sont venus en chaise roulante, d’autres avec leur blouse d’infirmière. Mais il n’y a pas que la chanteuse, Jocelyne Béroard qui se déhanche… «C’est vraiment une note joyeuse quand on est enfermé dans une chambre d’hôpital, raconte William, 20 ans, hospitalisé depuis deux semaines pour la maladie de Crohn. Et puis avec mon meilleur ami, que j’ai invité, on écoute Kassav depuis dix-huit ans. On les a croisés à l’entrée alors on en a profité pour faire une photo», explique ce fan en montrant son trophée.

A côté de lui, Jean-Marie, 71 ans, qui vient de subir une greffe, se montre plus réservé. «Je ne suis pas féru, mais j’ai déjà entendu leurs chansons à la radio.» Rapidement, le groupe arrive à conquérir le public qui pendant une demi-heure peut applaudir et danser en rythme. Et quand les chanteurs lancent «en balade, en balade, en balade», une brochette de soignante répond «à l’hôpital». «Le zouk c’est notre seul médicament», encourage Jocelyne. Dans les rangs, des flyers du groupe s’arrachent pour qu’après le concert privé, lors d’un petit cocktail les invités puissent demander un autographe.

«Ils étaient à un mètre de nous… et déchaînés»

Après une dizaine de chansons, Micheline, une aide-soignante qui a entonné toutes les paroles en dansant avec ses collègues s’extasie: «A nous aussi, ça nous remonte le moral. Je les ai vus au Zénith mais là on est dans une ambiance familiale. On reviendra!» Et le groupe, rincé, semble tout aussi ravi. «Même ceux qui ne pouvaient pas danser bougeaient la tête, sourit Jacob Desvarieux, chanteur et guitariste. Ils étaient à un mètre de nous… et déchaînés.» Et Jocelyne de souligner que le groupe a déjà fait des concerts dans des hôpitaux et des prisons. «Quand mon père était hospitalisé, je voyais qu’il s’ennuyait, alors je lui ai fait un CD avec des chansons notamment de notre groupe. Il l’écoutait tous les jours. Une jeune fille à Toulouse nous a dit que notre musique l’avait encouragée à remarcher, quel beau cadeau…»

«En général, les patients arrivent avec leurs maux et ressortent avec la pêche», résume Stéphanie Dupagne, présidente de cette association qui organisait son 8e concert depuis mai 2013. «Notre premier événement, c’était Joyce Jonathan à l’hôpital Bicêtre (Val-de-Marne) et comme elle a fait des études de musicothérapie, elle voyait bien les avantages.»