Paris s'apprête à élire sa meilleure baguette 2014

CONCOURS Le Grand prix de la meilleure baguette artisanale de Paris assure au boulanger vainqueur une nouvelle vie, entre hausse du chiffre d’affaires, clients de prestiges et afflux de touristes étrangers…

Fabrice Pouliquen
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Ridha Khadher, lauréat 2013 du concours de la meilleure baguette de Paris
Ridha Khadher, lauréat 2013 du concours de la meilleure baguette de Paris — Fabrice Pouliquen

Ce jeudi, Paris élit sa meilleure baguette tradition 2014. Les 1.100 artisans boulangers de la capitale sont conviés à déposer deux baguettes traditions avant 13h à la Chambre professionnelle des artisans boulangers-pâtissiers. «Si elles font la bonne taille et le bon poids, elles seront alors mises sous enveloppe et numérotées pour conserver l’anonymat, explique-t-on au cabinet de Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris en charge du commerce et de l’artisanat et qui organise chaque année ce concours depuis 1994. Puis un jury de 15 membres, composé en majorité de professionnels, passera l’après-midi à départager les boulangers en deux tours. Cinq critères bien précis seront pris en compte: l’aspect, la qualité de la mie, la cuisson, l’odeur et le goût.»

Le gagnant fournit L’Elysée pendant un an

Du sérieux, donc. C’est que l’enjeu est de taille. D’abord parce qu’on touche là l’un des emblèmes culinaires français. Ensuite, parce que rafler le Grand prix de la baguette tradition de la Ville de Paris peut changer une vie. Ce n’est pas tant les 4.000 euros à la clé du concours qui comptent que la notoriété que confère le titre. Un rapide coup d’œil à la boulangerie Au Paradis Gourmand, de Ridha Khadher (XIVe), Grand prix 2013 de la meilleure baguette artisanale parisienne, suffit pour s’en rendre compte. Une photographie du boulanger échangeant une poignée de main avec François Hollande dans la cour de l’Elysée y est affichée, au vu et au su des clients. «C’est l’un des privilèges du gagnant, raconte Ridha Khader. Il livre l’Elysée en baguettes pendant un an.» Des baguettes que François Hollande aime bien cuites, selon lui. Un point commun visiblement avec son prédécesseur. «C’était déjà la consigne sous Nicolas Sarkozy», précise ainsi Pascal Barillon, de la boulangerie Au Levain d’Antan (XVIIIe), Grand prix 2011.

Emballement médiatique

Surtout, au-delà de ce privilège, décrocher le titre de meilleure baguette de Paris, c’est l’assurance de passer autant de temps dans le fournil qu’avec des journalistes. «Les premières semaines qui suivent le concours, les demandes d’interview n’arrêtent pas, poursuit Pascal Barillon. Je suis passé à la télévision brésilienne, japonaise, canadienne, chinoise…» Même topo pour Ridha Khadher. «J’ai en plus ce côté immigré tunisien réussissant à Paris qui plaît bien aux médias français, estime le boulanger. J’ai eu droit à quatre pages dans Paris Match, de belles pages dans Libération ou Le Monde et même un reportage d’Al-Jazira»

Forcément, les retombées financières suivent, et ce dès les premières semaines qui suivent le concours. «Nous avions triplé notre production quotidienne de baguettes tradition pour la faire passer de 300 à 900», se souvient Sébastien Mauvieux, de la boulangerie du même nom (XVIIIe), Grand prix 2012. «Le premier mois après le concours, notre chiffre d’affaires avait bondi de 40 %», indique pour sa part Pascal Barillon. Si les retombées s’estompent quelque peu avec le temps, «en moyenne, le chiffre d’affaires des lauréats a augmenté de 20 % après le concours», précise-t-on au cabinet de Lyne Cohen-Solal.

«Des propositions au Brésil et à Dubaï»

Et ce ne sont pas forcément les Parisiens qui tirent la consommation vers le haut. «Le prix nous permet aussi d’être référencés dans de nombreux guides étrangers», raconte Sébastien Mauvieux. Même deux ans après son titre, le boulanger a vu débarquer chez lui un car entier de touristes japonais venus déguster ses pains et ses pâtisseries. Pascal Barillon, lui, s’envolera ce week-end pour Osaka (Japon), le temps de former quelques jours des apprentis boulangers japonais. De quoi donc rassurer Ridha Khadher sur son avenir, lui qui remettra en jeu son titre de meilleure baguette de Paris ce jeudi. «De toute façon, je n’étais pas inquiet, sourit le boulanger. Rien que ces dernières semaines, j’ai eu des propositions pour monter une boulangerie à Dubaï et au Brésil. C’est vrai que c’est tentant!»

Il est encore temps de concourir.

Les artisans boulangers ont jusqu’à 13h, ce jeudi 12 mars, pour déposer deux baguettes traditions dans les locaux de la Chambre professionnelle des artisans boulangers-pâtissiers, 7, quai d'Anjou sur l'Île Saint-Louis. Pour concourir, les baguettes doivent mesurer entre 55 et 65 cm, peser entre 250 et 300 grammes et avoir une teneur en sel d'un niveau de 18 grammes par kilo de farine.