Les grandes figures du féminisme pour sensibiliser les lycéens franciliens à la parité

EDUCATION La région Ile-de-France et le centre Hubertine-Auclert vont présenter ce jeudi cinq affiches et un kit pédagogique mettant en avant les luttes pour les droits des femmes. «20 Minutes» dévoile cette opération….

Oihana Gabriel

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La région va afficher cinq affiches réhabilitant la mémoire de pionnières du féminisme dans les lycées franciliens
La région va afficher cinq affiches réhabilitant la mémoire de pionnières du féminisme dans les lycées franciliens — Centre Hubertine Auclert

Cheveux courts, veste et lavallière. Madeleine Pelletier va porter les couleurs du féminisme dans les lycées franciliens… Soixante-quinze ans après sa mort. Cette médecin française, internée parce qu’elle pratiquait des avortements illégaux à la fin du XIXe siècle, fait partie des cinq grandes figures affichées dans les couloirs des lycées à partir de vendredi.

Cinq portraits pour des luttes encore d’actualité

La première opération de sensibilisation lancée ce jeudi par la région Ile-de-France, en collaboration avec le centre Hubertine-Auclert, a choisi des pionnières du féminisme du XIXe siècle méconnues. Les lycéens franciliens vont donc découvrir le regard et le combat d’Hubertine Auclert, Julie-Victoire Daubié, Marguerite Thibert, Nelly Roussel et Madeleine Pelletier. Des luttes toujours d’actualité. Car cette opération de communication, réalisée à deux jours de la Journée des droits des femmes, souligne les écarts toujours immenses de salaires entre hommes et femmes, évoque les fermetures de centres IVG…

Des problématiques lointaines pour les adolescents? Pas à en croire Florence Rochefort, historienne au CNRS et spécialiste du féminisme. «Quand on intervient dans les lycées, on voit qu’il suffit de pas grand-chose pour susciter les discussions sur l’égalité hommes-femmes. Quand on a 17 ans, on s’intéresse aux questions de sexualité et de contraception. Le recours à l’histoire est intéressant d’autant que lorsqu’on parle de féminisme, on fait souvent des listes de dates. Avec ces affiches, on incarne ces luttes, on propose une sensibilisation plus vivante. Et on se rend compte que ces personnalités du XIXe siècle nous sont proches dans ce qu’elles espéraient pour nous.»

Autre enseignement livré par ces biographies: l’histoire du droit des femmes ne s’écrit pas en lignes continues. «On a vu récemment des manifestations contre l’accès à l’IVG», rappelle Florence Rochefort.

Pour Geneviève Couraud, présidente de l’association Elu/es contre les violences faites aux femmes aussi, l’opération peut entraîner des interrogations chez les jeunes. Cette enseignante de lettres à la retraite estime «ces photos désuètes, ça peut les interpeller. D’autant qu’ils regardent beaucoup de feuilletons en costume. Il faut toujours une image qui frappe, mais aussi des médiateurs pour expliquer ce qu’elles signifient.»

Celles et ceux qui ont fait avancer les droits des femmes

Dans les rencontres et interventions qu’elle réalise avec les lycéens, elle remarque que «les garçons issus de milieux traditionnels s’inquiètent des progrès du droit des femmes. Quant aux filles, elles sont très conscientes des choix qu’elles devront faire entre vie personnelle et professionnelle.» Mais elle rappelle qu’il existe parmi les oubliées de l’histoire des femmes quelques hommes. «Il ne faut jamais oublier qu’on doit à Paul Strauss la première loi pour les femmes: le congé maternité en 1913.»

Pour Geneviève Couraud, l’opération a le mérite de transmettre trois idées: «Rien n’a été donné, rien n’est gagné. Mais il ne faut pas désespérer les filles: on a une chance inouïe de vivre une telle révolution sociétale! Même s’il y a encore beaucoup de boulot.»