Une cuisine partagée pour les professionnels vient d’ouvrir à Vincennes

LOISIRS Les camionneuses lancent un concept innovant, une cuisine collective pour aider pâtissiers, traiteurs et autres food truck à mettre au point leurs recettes…

Oihana Gabriel

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Marion et Mélanie testent four et autre matériel dans la cuisine partagée des Camionneuses.
Marion et Mélanie testent four et autre matériel dans la cuisine partagée des Camionneuses. —

« Il s’appelle Octave », précise Marion en tendant un délicieux sablé à la cacahouète. Mardi après-midi, la créatrice de Mademoiselle Proust, biscuitière parisienne s’affère pour concocter des madeleines au citron chez les Camionneuses. Un nom cocasse qui pourrait induire en erreur car cette cuisine partagée qui ouvre officiellement le 17 mars après un bon mois de test, a trouvé une adresse fixe. Quatre copines de longue date ont en effet élu domicile à Vincennes (Val-de-Marne), dans une ancienne cantine scolaire pour monter leur projet original: proposer aux professionnels une cuisine partagée ainsi que des débouchés (festivals, salons, événements).

Encourager des projets innovants

«Au départ on pensait privilégier les food trucks, d’où le nom, explique Anaïs, un des co-fondatrices. Mais on s’est vite rendu compte que les besoins étaient plus larges. On a environ dix demandes de location chaque jour! Personnellement, je cuisine peu, mais je suis une consommatrice très exigeante. Après avoir passé trois ans à Londres, où on mange très bien le midi, je déprimais sur le jambon-beurre… Heureusement la France est en train de rattraper son retard. On accompagne le mouvement notamment en aidant des personnes qui veulent monter un concept novateur côté cuisine sans se ruiner.» Car la grosse difficulté pour ceux qui veulent enfiler le tablier s’avère financière. Rien qu’un four professionnel peut atteindre jusqu’à 7.000 euros.

Un laboratoire pour tester toutes ses recettes

Cette cuisine en sous-sol pourra à terme accueillir trois groupes de deux personnes en même temps. Une chance pour les pâtissiers, propriétaires de food trucks, cuisiniers nomades et autres chefs de partager le matériel, mais aussi les expériences. Depuis un mois, tous les matins, Eric mélange, bat, malaxe, meringue et cuit de 6h à 14h, libre de tester toutes les recettes qu’il souhaite. Ce pâtissier d’un grand restaurant parisien rêve de monter son affaire, encore secrète, et cette cuisine est devenue son laboratoire. « J’ai vraiment eu un coup de bol parce que mon projet a coïncidé avec l’ouverture des Camionneuses.»

Partager matériel, expériences et petites annonces

A 14h, Eric croise ainsi Marion et Mélanie qui prennent le relais. « Vous arrivez à vous servir du four? l’interroge Marion. Parce qu’il n’y avait pas une bosse hier sur mes madeleines au thé.» «Mettez un peu de bicarbonate juste avant la cuisson!», lui conseille Eric. Les « résidents » sont aussi invités à ramener leur matériel… et à proposer aux camarades d’en profiter. «Moi je laisse des moules, des grills, des plaques, sourit Marion en sortant ses précieux moules en silicone. J’ai tout personnalisé avec un petit scotch comme ça je sais ce qui est à moi. C’est pertinent de partager et de profiter de ce que les autres apportent. Et c’est aussi l’occasion d’échanger des conseils. Quand on monte sa boite toute seule, on fait déjà beaucoup dans son coin, ici l’émulation est très agréable. Et on obtient des réponses qu’on ne trouve pas sur Internet !», s'amuse la pâtissière qui rajoute le zeste de citron à la pâte à madeleine. 

  Marion prépare des madeleines au citron chez les Camionneuses. - O. Gabriel


Et parmi les nombreuses salles séparant produits frais et secs, ingrédients et mets fini, la « salle de jeu » détonne. «On va y mettre des livres de cuisine et surtout des petites annonces pour que ceux qui cherchent un remplaçant, un fournisseur d’emballage…, souligne Anaïs. Et chaque mois on invite nos locataires à faire remonter les points à améliorer. Je me suis rendu compte par exemple qu’il fallait que j’achète un batteur 20 litres. On a dans l’idée d’ouvrir un local semblable pour proposer des ateliers aux particuliers.»