Le petit patrimoine sorti de l'oubli

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Ils étudient les rues de Melun (Seine-et-Marne), les immeubles HLM de la cité Surville de Montereau-Fault-Yvonne (Seine-et-Marne), les maisons de bords de Seine de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) ou les usines de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Des édifices plus nobles aussi, églises ou châteaux, à condition qu'il reste encore des choses à dire dessus. Un patrimoine méconnu, mais qui en dit long sur l'identité de la région.

Discrètement, les services de l'Inventaire du patrimoine ont officiellement intégré, le 1er janvier, les locaux du conseil régional d'Ile-de-France, leur nouveau toit après la loi de décentralisation d'août 2004. Créé en 1964 par Malraux et rattaché au ministère de la Culture, cet organisme recense et étudie les monuments et objets artistiques des régions de France. L'Inventaire d'Ile-de-France, le dernier à avoir vu le jour, en 1980, a déjà passé au crible 30 % du territoire. En contournant soigneusement Paris. « Trop connu », résume Arlette Auduc, la chef du service qui compte quinze personnes. Le recensement du patrimoine de Melun vient de s'achever. Quatre ans de travail. Ces études aboutissent à la publication de monographies, permettant de mettre en valeur des communes souvent méconnues. Et d'aider à la réalisation des plans locaux d'urbanisme.

L'Inventaire possède une base de 125 000 photographies, consultables par le public. Elle sera bientôt entièrement numérisée. Mais son but est avant tout de recenser un patrimoine parfois fragile. Comme celui lié à l'industrie. « Les anciennes usines bénéficient d'un regain d'intérêt, mais leur réhabilitation est encore trop souvent synonyme de destruction », déplore Nicolas Pierrot, spécialiste du patrimoine industriel. Ainsi, il ne restera bientôt plus grand-chose de la machinerie des grands moulins de Pantin, en chantier pour accueillir des bureaux.

Les études de l'Inventaire n'imposent pas de contraintes réglementaires. « Alors on essaye de convaincre les maîtres d'oeuvre », poursuit Nicolas Pierrot. Sur le dossier de l'ex-usine EDF de Saint-Denis, où Luc Besson va créer sa cité du cinéma, le réalisateur a été attentif aux informations de l'Inventaire. « Ce dossier est une réussite. Comme l'avait été la réhabilitation de la chocolaterie Meunier à Noisiel [Seine-et-Marne]. » Des exceptions. « Il restera une belle image des petits ateliers, mais les traces de la grande industrie d'Ile-de-France auront bientôt quasiment disparu. »

Mickaël Bosredon