Les bagagistes ne veulent pas porter le chapeau

Michaël Hajdenberg

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Des fantômes planent sur le procès des bagagistes de Roissy. Ceux des dirigeants de l'entreprise CBS, à laquelle Air France sous-traitait la gestion des bagages en 2004 et 2005, à l'époque où les vols étaient commis, mais qui n'ont pas été cités à comparaître.

A la barre, la vingtaine de prévenus, dont les derniers comparaîtront aujourd'hui, ne cessent de se contredire, de s'accuser mutuellement et de rejeter la responsabilité des faits sur leurs chefs.

Le premier jour, le nouveau PDG de CBS, qui n'était pas en poste à l'époque des faits, s'est emmêlé les pinceaux en tentant d'expliquer qui est responsable de quoi et où dans l'aéroport.

Et à chaque nouvelle audition, ce sont les mêmes incertitudes qui ressurgissent sur les véritables responsabilités. « Le système était en place bien avant 2004. Cela ne m'étonnerait pas qu'il perdure », explique un prévenu à la sortie d'une audience.

C'est à la suite d'une plainte venue d'Air France que l'enquête avait démarré. On avait alors découvert comment aux postes de dépose et d'indexation, certains bagagistes se servaient, profitant du manque de surveillance, puis recelaient les montres, appareils photo et objets de valeur en tous genres. Le tout pour un préjudice estimé à 280.000 euros, mais qui pourrait avoir été bien plus lourd : 75 % des bagages passant par cette zone appartenaient à des étrangers en transit, qui déposent très rarement plainte.

Faute de comprendre comment ce système a pu perdurer, il faut s'en remettre aux explications des bagagistes et de quelques supérieurs hiérarchiques.

Hier, Norredine, régulateur, a ainsi expliqué que s'agissant du briquet Dupont et de la montre Tag Heuer retrouvés chez lui lors d'une perquisition, ils les avaient trouvés par terre. Il dit n'avoir jamais rien vu du trafic tout en expliquant quelques minutes plus tard avoir alerté son chef. La bouche ouverte et les yeux inquiets, il paraît lui-même ahuri par ses propos.

Ce n'est qu'après des dénonciations que des caméras de surveillance ont été installées en mars 2005. A un prévenu, ancien délégué syndical, qui expliquait que s'il y avait des doutes, il aurait fallu en installer plus tôt, le procureur de la République a répliqué : « Vous savez bien que les syndicats ne l'auraient jamais accepté. » Des avocats se plaignent de ne pas avoir pu visionner les films, jugés explicites par le procureur. Les prévenus encourent jusqu'à dix ans de prison.