Délinquance : l'effet très flou des caméras

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Quel est l'impact de la vidéosurveillance ? Sur le sentiment de sécurité, les derniers chiffres ne sont pas très probants (voir infographie). Selon trois enquêtes menées par l'Iaurif (Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France) auprès de 10 500 Franciliens par département, la peur dans les transports concerne 33,2 % des Franciliens en 2001 contre 36,2 % en 2005. Ce sentiment d'insécurité est moins répandu chez les personnes qui les utilisent régulièrement que chez les autres. Selon la même enquête, la délinquance aussi est en hausse : 1,2 % de Franciliens ont été agressés en 2001 contre 1,4 % en 2005. Les victimes de vols sans violence passent de 1,6 % à 2,7 %. Beaucoup plus récents, les derniers chiffres de la préfecture de police de Paris montrent eux une baisse de la délinquance dans les stations et rames des réseaux ferrés parisiens. Avec 1 636 faits constatés en octobre 2006 contre 1 874 en octobre 2005, elle recule de 12,7 %. Mais quel est le mérite des caméras de surveillance dans cette baisse ? Mystère. La préfecture refuse catégoriquement de communiquer sur le sujet. Et les études sur les impacts de la vidéosurveillance sont rares.

La dernière en date, menée aussi par l'Iaurif, remonte à novembre 2004. Elle se montrait très mesurée. « Les chiffres ne sont guère convaincants, explique Marianne Anache, directrice de la mission étude-sécurité à l'Iaurif. » Elle souligne toutefois que le nombre de caméras a considérablement augmenté depuis. L'étude relevait que « dans les bus, les caméras visualisant l'intérieur du véhicule ne permettent pas d'identifier les auteurs d'actes provenant de l'extérieur tel que les jets de projectiles. » Dans le réseau ferré, « la vidéosurveillance permet difficilement de lutter contre les vols à la tire, en raison de la rapidité de l'acte et de la facilité de la fuite, mais semble avoir un impact plus probant sur des actes plus longs, tels que les agressions physiques. » Du côté des transporteurs, la SNCF indique que la vidéosurveillance « a peut-être déplacé les actes délictueux à l'extérieur des gares ». Mais l'entreprise est satisfaite du système. « Il a permis d'élucider beaucoup d'affaires et, globalement, nos voyageurs en sont contents. » Toutefois, Marianne Anache insiste sur le fait que les caméras « ne seront jamais qu'un maillon de la chaîne de la sécurité, composée de l'éclairage dans les gares ou de la présence humaine dans les couloirs ».

Mickaël Bosredon

« Les caméras ne seront jamais qu'un maillon de la chaîne de la sécurité » La RATP préfère parler de « vidéoprotection ». « Car on n'a pas d'agent derrière chaque caméra. » Pour l'instant les caméras conservent les images 72 heures, mais n'enregistrent pas systématiquement : « Sur quatre caméras au même endroit, il n'est pas forcément utile que toutes conservent les images. » Concernant la vidéo embarquée, les futures rames MF 2000 de la ligne 2 pourront en être équipées. A la SNCF, le nouveau tram-train sur la ligne Aulnay-Bondy en est doté, et la future NAT, qui roulera à partir de 2009, devrait aussi l'avoir à son bord.